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Émile Simard 1423-1435
Émile Simard 1423-1435
 

Maison Émile Simard 1928
1423 -1437 rue St Clément
Entrepreneur en Construction : Émile Simard

12 juillet 1886
Notaire :
Vendeurs : R.F.A. Bruière & J.E.A. Bruière
Acquéreur : Charles Théodore Viau,  manufacturier de Montréal
Achat de la Ferme
Prix de la vente : 60 000,00 $ ( 1 )

20 septembre 1907
Notaire : René Leroux
Vendeur :succession Charles T. Viau
Acquéreur : Conrad  Despault, détective de Montréal
Achat de deux  lots de terre sans bâtiment
Prix de la vente : 850,00 $ empruntés à la succession Viau au taux de 4%

20 septembre 1911
Notaire : Azarie Choquet, résidant au  453 Pie IX
Vendeur : Conrad Despault, bourgeois
Acquéreur : Dame Joséphine Grenon, épouse séparée de biens de
                    Joseph Réal Cloutier, entrepreneur plâtrier, résidant à Maisonneuve
Achat de deux lots de terre sans bâtiment
Prix de la vente : 1920,00 $

25 octobre 1913
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : Dame Joséphine Grenon, épouse séparée de biens de
                   Joseph Réal Cloutier, entrepreneur plâtrier, résidant au 10 William David
Acquéreur : Joseph Larose, peintre, résidant au 45 William David à Maisonneuve
Prix de la vente : 1,00 $

25 octobre 1913
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : Joseph Larose, peintre, résidant au 45 William David  Maisonneuve
Acquéreur : Joseph Réal Cloutier, entrepreneur plâtrier, résidant au 10 William David
Achat de deux terrains
Prix de la vente : 1,00 $

29 décembre 1925
Notaire :Joseph Théophile Legault
Vendeur : Joseph Réal Cloutier, bourgeois résidant à Montréal
Acquéreur : Émile Simard, entrepreneur en construction,  résidant au 4665 Lafontaine Montréal
Achat de deux terrains sans bâtiment
Prix de la vente : 4800,00 $

21 février 1929
Notaire :Isidore Raoul Lavoie
Prêteur : Prudential Assurance Compagny of América
Emprunteur : Émile Simard, entrepreneur en construction,  résidant au 4665 Lafontaine Montréal
La somme de : 20 000,00 $
Assure une maison avec les adresses 1423 -1437 de la rue St-Clément à Viauville


Cette grande maison fût la dernière construite sur la rue St Clément, dans ce secteur. Il est même surprenant que ce lot qui est  bien situé, soit resté vacant pendant tout ce temps. L’une des raisons probables que je pourrais évoquer, c’est que l’entrepreneur en construction, Joseph Réal Cloutier, dont la femme avait fait l’acquisition de ce terrain, en 1911, pour la somme de 1920,00 $, désirait sûrement y bâtir  une maison;  mais pour une raison inconnue, ne le fit pas et le revendit. En regardant attentivement la chaîne des titres en 1913, nous remarquons une transaction qui peut nous laisser perplexes : plutôt que  d’acheter directement ce terrain à son épouse, il passe par un intermédiaire qui l’achète et le lui revend automatiquement pour 1,00$. Cet intermédiaire n’est pas un inconnu, c’est un voisin, et même peut-être un employé ou un ami. En 1925, alors qu’il prend sa retraite, Joseph Réal Cloutier revend le dit terrain à un autre entrepreneur en construction qui réside  dans Maisonneuve : Émile Simard.  Celui-ci ne perd pas de temps et bâtit  cette  maison à l’aube de la grande dépression de 1929.

Cette maison sobre et élégante s’intègre parfaitement à la trame urbaine de la rue. Nous pourrions même croire qu’elle fût bâtie deux décennies auparavant tant ses proportions et son décor s’harmonisent avec ses voisines.  Sa large façade lambrissée de pierre calcaire est l’élément essentiel à cette intégration.  Il faut admirer les ouvertures qui possèdent toutes, leurs éléments  d’origine : les fenêtres à guillotine à l’extérieur et à vantaux à l’intérieur, garnies dans leurs impostes de vitraux (a). Celles du rez-de-chaussée sont spécialement intéressantes puisqu’elles sont séparées par des trumeaux (b) de pierre. Toutes les portes sont en  bois mais celles du rez-de-chaussée sont particulièrement belles avec leur vitrage biseauté sous plomb.

Les montants, de même que les rampes en fer forgé, malgré qu’ils soient anciens, ne sont pas d’origine. Lors de sa construction, l’entrepreneur Émile Simard avait choisi, pour décorer  sa résidence,  de magnifiques balcons soutenus par des colonnes (c) en bois, des caissons pour agrémenter les dessous   et de la doucine brisée pour enjoliver les ceintures de corniche.   La  large main courante de faible hauteur (24 pouces) était soutenue par une   jolie balustrade (d) également en bois. Il est difficile aujourd’hui de s’imaginer l’impact que devait avoir cette maison sur les badauds. Si vous contemplez les maisons  d’Alfred Leclaire  ou d’Eustache  Bissonette sur la rue Adam au coin des  rues Sicard et Leclaire, bâties pendant la même décennie, vous aurez   une vague idée de la beauté des balcons  d’antan.

Balustrade et colonne de la maison Eustache Bissonette située sur la rue Adam
Balustrade et colonne de la maison Eustache Bissonette située sur la rue Adam

Les  escaliers à deux volées (e)  qui montent aux étages,  sont très élégants et peu communs à Montréal. Ceux-ci ont été refaits à une date indéterminée mais ceux d’origine devaient avoir semble-t-il  cet aspect.

Ce qui est le plus regrettable, c’est la disparition des deux  frontons à redents  au sommet de la maison. Aujourd’hui seul  un misérable solin de fer blanc,  très anodin, couronne cette splendide maison qui, admettons-le, est très bien entretenue et, malgré quelques changements, garde une belle apparence.

Les deux frontons à redent qui couronnaient la maison
Les deux frontons à redent qui couronnaient la maison

a- Vitrail : panneau constitué de morceaux de verre coloré, assemblés pour former une décoration.

b- Trumeau : pan de mur entre deux  fenêtres, ou portes.

c- Colonne : support vertical constitué d’un fût de section circulaire et généralement d’une base et d’un chapiteau.

d- Balustrade : rangée de balustre portant une table d’appui; toute clôture à hauteur d’appui et à jours.

e- Volée : partie d’un escalier qui s’élève d’un palier à l’autre.

( 1 )  LINTEAU Paul André, MAISONNEUVE Comment des Promoteurs fabriquent une Ville, Boréal Expresse 1981