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Wilfrid Tardif 4761-4769
Wilfrid Tardif 1601-1603
 

Maison : Wilfrid Tardif  1910
4761-4769 rue Adam & 1601-1603 rue Leclaire
Entrepreneur : Wilfrid Tardif

La chaîne de titres :

25 octobre 1906
Notaire : René Leroux
Vendeur : succession Charles Théodore Viau
Acquéreur : Dame Élisabeth Desjardins, épouse de Victor Jobin, boucher, tous deux résident au 1071 rue Cadieux
Achat de deux lots de terre

02 septembre 1908
Notaire :  Cléophas Édouard Leclerc
Vendeur : Dame Élisabeth Desjardins, épouse de Victor Jobin, boucher
Acquéreur : Lévi Tremblay, entrepreneur et marchand de bois
Achat de deux lots de terre
Prix de la vente : 1 500,00$

02 juillet 1910
Notaire : Joseph Arthur Couture
Vendeur : Lévi Tremblay,  marchand de bois, résidant au 8 rue Prévost  Maisonneuve
Acquéreur : Wilfrid Tardif, entrepreneur, menuisier, résidant au  115 William David
Achat de deux lots de terre
Prix de la vente : 2  400,00$

16 août 1911
Notaire : William Boijolie
Emprunteur: Wilfrid Tardif
Prêteuse : Dame Alice Rodier
La somme de : 4 700,00$
Donne en garantie la maison située sur la rue Adam

20 mars 1913
Notaire : Joseph Alphonse Brunet
Vendeur :  Wilfrid Tardif, entrepreneur, résidant au 4765 rue Adam
Acquéreur : Narcisse Fortier, marchand, résidant au 19 rue Théodore
Achat d’une maison
Prix de la vente : 15 500,00$


Encore cette fois-ci, nous retrouvons, dans la chaîne de titres, des personnages qui ont laissé leurs marques dans la vie de la cité de Maisonneuve; en tête de liste, le marchand de bois Lévi Tremblay. Son commerce était situé dans le quadrilatère compris entre les rues Ste Catherine, Adam, Bennett et Aird.  Il  acquit beaucoup de terrains sur la rue Adam et majoritairement ceux à l’angle des diverses rues transversales. Il se doutait sûrement que ces lots étaient ceux qui allaient prendre la meilleure plus value.
Mais le nom de Lévi Tremblay restera gravé dans la mémoire des gens de Maisonneuve, pour avoir été celui qui a  renversé le maire Alexandre Michaud et ses conseillers,  lors des élections municipales du 1er février 1915. Il fut le dernier maire de cette ville  avant qu’elle ne soit fusionnée à la ville de Montréal par un décret daté du 09  février 1918 (1).  Pour en savoir davantage sur ce personnage, je vous invite à regarder dans :  catalogue, rue Letourneux, maison  Tremblay & Riendeau .

Un autre personnage d’importance dans la chaîne de titres : Narcisse Fortier. Il   avait acquis, au début du siècle, un joli cottage construit par l’entrepreneur Alfred Delorme, sur la rue Théodore, tout près de la rue Notre Dame. Cette maison  jouxtait de façon « miroir » celle de Joseph Normandin : (voir catalogue, rue Théodore).  Malheureusement elle  fut démolie, en 1972, comme bien d’autres, pour faire place à une éventuelle autoroute…

Lors de l’acquisition, Narcisse Fortier travaillait comme agent de commerce pour la Brasserie Cornwall. Peu de temps après,  il changea d’employeur  et alla travailler pour la Brasserie Eckers qui était située sur le boulevard St Laurent; aujourd’hui ces locaux sont occupés par le Musée Juste Pour Rire. Mais c’est en 1914 que sa vie changea radicalement alors qu’il ouvrit  son premier  garage  sur la rue Leclaire derrière sa maison. Deux années plus tard,   le garage Fortier prit de l’expansion et déménagea sur la rue Notre Dame, à l’angle  de la rue Ville Marie.  Cet édifice  de trois étages  offrait tous les services tels que : poste d’essence, mécanique d’entretien et bien sûr vente de voitures FORD. Le fils Gérald prit, par la suite, les rennes de l’entreprise familiale. Comme tous les autres commerces de la rue Notre Dame, le garage Fortier fut exproprié au début des années soixante-dix  et déménagea dans de nouveaux locaux situés le long du  boulevard Louis Hyppolite Lafontaine où  il existe toujours.

Garage Fortier vers 1935Garage Fortier vers 1935 rue Notre Dame angle nord /est de la rue Ville Marie
Studio de photographie ACE Newsphoto
Photographie gracieuseté de la famille Fortier

L’entrepreneur en construction, William Tardif qui se retrouve lui aussi sur la chaîne de titres, ne fut pas le plus actif des promoteurs dans Maisonneuve, mais nous pouvons lui attribuer  une dizaine de maisons ici et là  dans le quartier. Il en construisit plusieurs  avant de s’y établir en 1908; voir : (catalogue, rue William David, maison Rosanna Cayer). Deux années plus tard, il acquiert, de Lévi Tremblay,  deux terrains très bien situés à l’angle nord /est des rues Adam et Leclaire. William Tardif et Lévi Tremblay se connaissaient très bien puisqu’ils firent équipe aux élections de 1915 : Lévi Tremblay comme maire et  William Tardif comme conseiller municipal.
 À cette époque, la rue Adam commençait à prendre de l’importance et plusieurs chantiers de construction étaient en cours. William Tardif ne fut pas le premier entrepreneur à s’établir  sur cette rue puisque son collègue Joseph Trudel s’y était déjà construit une splendide maison, en 1908, à l’angle de la rue Viau. Par la suite, il sera imité par plusieurs autres, tels que : Alphonse Gratton en 1912, André Bernier en 1914, Alfred Leclaire en 1922 et Eustache Bissonette en 1923.
Nul besoin de dire que c’était sur cette rue que l’on retrouvait la plus grande concentration d’entrepreneurs en construction dans la ville.
C’est en 1913 que William Tardif déménagea à nouveau dans une plus grande  maison.  Cette année-là, il avait bâti deux maisons contiguës situées au  1669 -1689 de la rue Viau. Il résida dans cette maison jusqu’en  1920,  année où il la revendit à Elzéar Fortin. Sur les deux  portes d’entrée  de l’appartement principal, gravés dans le verre, figurent encore aujourd’hui les monogrammes des deux premiers propriétaires.

Cette maison-ci est très représentative de la fin de l’époque Édouardienne ( 1900 -1914) de par sa sobriété et la simplicité de ses lignes.  Aucun artifice ne  trouble la rigidité de l’ensemble. Fait assez inusité, elle est totalement détachée des ses voisines;  ce qui permet une fenestration sur les quatre côtés.

Comme le stipulait la réglementation municipale pour ce secteur de la ville, la façade fut lambrissée de pierre calcaire. Le mur donnant sur la rue Théodore lui, fut lambrissé d’une brique chamois de très grande qualité, dite   Havard. À cause de son coût élevé, nous ne retrouvons malheureusement que rarement cette brique dans le quartier, à l’exception de la maison d’Alphonse Gratton; mais par contre, nous la retrouvons à profusion dans le quartier d’Outremont. 

Les colonnes  (a) qui supportent les balcons ne sont pas d’origine. À l’époque, nous pouvions admirer des pilastres (b) qui étaient mieux proportionnés et beaucoup plus adéquats.

Les diverses fenêtres étaient à guillotine et leurs impostes garnis de vitraux, malheureusement disparus (c).
La corniche en métal qui couronne la maison était à l’origine surmontée en son centre  d’un fronton (d) pastiche assez élaboré;  il n’en  reste à ce jour que le montant droit pour témoigner de son existence passée.

Malgré les différents changements apportés au fil du temps, cette maison garde encore un certain charme. Toutefois un meilleur entretien serait  souhaitable.

a- Colonne : support vertical constitué d’un fût de section circulaire et généralement d’une base et d’un  chapiteau.

b- Pilastre : pilier aux pans carrés rappelant la colonne. (très utilisé à Montréal)

c-Imposte : pierre en saillie moulurée couronnant le piédroit d’une arcade et supportant la retombée de l’arc. Partie supérieur d’une fenêtre ou d’une porte (fenêtre mobile ou fixe  au dessus de la porte).

d- Fronton : couronnement d’un édifice ou d’une partie d’édifice consistant en deux éléments de corniche  oblique, ou d’ une corniche courbe, se raccordant à la corniche de l’entablement.

LINTEAU  Paul-André, MAISONNEUVE comment des promoteurs fabriquent une ville Boréal Express  1981  page 229