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Alexandre Vaillancourt 534-544
Alexandre Vaillancourt 534-544
 

Maison :Alexandre Vaillancourt 1901
553 & 555 rue Leclaire
Entrepreneur en construction : Joseph Trudel

La chaîne de titres :

30 janvier 1901
Notaire : Valmore Lamarche
Vendeur : Succession Charles Théodore Viau
Acquéreur : Joseph Trudel , menuisier, résidant sur la rue Notre Dame angle Lasalle

11 septembre 1901
Notaire : Joseph Louis Coutlée
Vendeur : Joseph Trudel  , entrepreneur en construction
Acquéreur : Alexandre Vaillancourt,  peintre, résidant au 535 rue St André à  Montréal.
« lot de terre avec bâtisse dessus commencée et devant être continuée par l’acquéreur »

19 décembre 1901
Notaire :Valmore Lamarche
Obligation de la part de Alexandre Vaillancourt à la Succession Charles Théodore Viau, la somme de $2500.00
«  L’emprunteur s’oblige à faire assurer les bâtisses érigées dessus. »

10 Juin 1904
Notaire : François  George Crépeau
Vendeur : Alexandre Vaillancourt  peintre en bâtiment , résidant à Viauville
Acquéreur : Mlle  Georgiana Durocher fille majeure
Prix de la vente $3050.00
« Équité les versements des futurs canaux d’égouts »

16 septembre 1905
Notaire Alcide Rivest
Vendeuse : Mlle  Georgiana Durocher résidante de Viauville
Acquéreur : Joseph Lambert,  bourgeois de Montréal
Maison de pierre et brique solide de deux étages et dépendance
Prix de la vente : $3000.00

13 octobre 1905
Notaire :Alcide Rivest
Vendeur : Joseph Lambert bourgeois de Montréal
Acquéreur : Aimé Riopelle bourgeois de Ville St Louis
Prix de la vente : $3300.00

31 décembre 1908
Notaire :George Mayrand
Vendeur : Aimé Riopelle bourgeois de Ville St Louis
Acquéreur :Louis Narcisse Haad manufacturier de Montréal
Prix de la vente :$3000.00


Pourtant loin d'être la plus belle de Maisonneuve, cette maison est sans contredit la mieux restaurée de tout le quartier. Le mérite en revient aux propriétaires actuels : Yvon Larocque & Claude Shooner qui avec soin et patience ont su redonner à cette maison sa splendeur Victorienne. C’est avec conviction et beaucoup de talent qu’ils ont contribués à faire revivre une part de notre héritage architectural domestique. Ainsi tous les éléments architecturaux manquants ont été préalablement dessinés à l’échelle afin de vérifier si cela correspondait bien à ceux d’origine, pour ensuite être taillés dans le bois et replacés avec exactitude à leur place respective. C'est le cas par exemple des petites consoles ( a ) du balcon, de l’ornement du tympan de la lucarne ( b ) et même les deux escaliers du rez-de-chaussée. Avouons que le résultat est convainquant et que cela en valait la peine si grande soit-elle !

Toutes les maisons sur ce côté de la rue ont été bâties en 1901 par le menuisier Joseph Trudel. À l’origine il en avait bâties dix mais trois d’entre-elles ont malheureusement disparu en 1972 pour faire place à une éventuelle autoroute. Seulement trois modèles de maison étaient disponibles à l'époque et elles se différenciaient principalement par l’apparence des lucarnes. Il était en effet moins coûteux et plus efficace pour un entrepreneur de bâtir en série plusieurs maisons semblables en même temps plutôt que de les bâtir  individuellement.

Deux des maisons lors de leur démolition
Deux des maisons lors de leur démolition

Photographie gracieuseté de J. P. Savard 1972

Celle qui retient notre attention fût acquise pendant sa construction par le peintre en bâtiment : Alexandre Vaillancourt. Il est fort probable qu’il travaillait déjà sur ces maisons comme peintre dans l’équipe de Joseph Trudel et qu’il en connaissait la valeur. Il est important de savoir que ce n’est qu’en 1906 que la canalisation et l’eau courante furent reliées aux maisons sur cette rue, et donc pendant près de cinq ans les résidants devaient acheter l’eau potable pour leur consommation et  aller dans la « bécosse » arrière  pour leur hygiène.

Cette maisons ainsi que ses voisines n’ont pas été bâties sur une charpente de bois comme c'est le cas pour une majorité d'entre elles, mais avec trois rangées de brique séparées par deux espaces pour laisser circuler l’air. Cette façon de faire était généralement réservée aux résidences bourgeoises étant donné le prix élevé qu’il entraînait. Ses murs porteurs sont  assis confortablement  sur une fondation en  pierre d’un mètre d’épaisseur. Le parement extérieur en pierre grise n'a quant à lui rien de surprenant puisqu' il était obligatoire à Viauville de lambrisser la façade de la sorte.

Il est intéressant de noter que les balcons ne sont pas disposés symétriquement sur la façade : celui de l’étage, magnifiquement oeuvré avec un décor en bois tourné, en constitue la pièce maîtresse. Il est surmonté d’une toiture en pavillon a quatre pans garnie d’un arc en plein-cintre à motif d’éventail. Jadis, une longue flèche de trois mètre de haut se prolongeait dans le ciel . A noter qu'il aura fallu plus de deux tonnes de tuiles d’ardoise ( c ) pour recouvrir à nouveau le brisis ( d )  de la toiture. La corniche de métal est le seul élément d’origine qui nous est  parvenu intact, mais elle était dissimulée sous un affreux recouvrement de métal. En regardant cette photographie prise le 16 décembre1999, nous pouvons nous apercevoir de l’ampleur du travail accompli.

Maison Alexandre Vaillancourt en 1999
Maison Alexandre Vaillancourt en 1999

Voici la liste des travaux de restauration que les propriétaires ont dû entreprendre sur cette maison :  la façade fut ravalée à l’état naturel de la pierre; les deux longues galeries aménagées vers 1960 furent démolies et refaites en bois dans leurs dimensions originales; les éléments architecturaux furent taillés et tournés dans le bois dans l’esprit Victorien; le recouvrement de métal fut enlevé de la corniche et remis dans l’état original; le brisis fut restauré comme à l’origine avec ses tuiles en ardoise aux formes variées; enfin, kle pavillon de la toiture fut entièrement démonté pour être remonté plus solidement.

La maison avec son brisis recouvert de tôle
La maison avec son brisis recouvert de tôle

En terminant, il est dommage que sur certaines façades de ses maisons  les compteurs d’Hydro Québec soient placés de façon si malhabile  et nous prouve une fois encore le mépris de cette compagnie envers le patrimoine québécois.

Façade dépareillée par un conteur électrique installé par un Hydro Québécois
Façade dépareillée par un conteur électrique installé par un Hydro Québécois

a- Console : organe en saillie sur un mur destiné à porté une charge (réelle ou figurée)
b- Lucarne : petite fenêtre percée dans le toit d’un bâtiment.
c- Ardoise : pierre tendre et feuilletée, inaltérable à l’air, imperméable à l’humidité, qui sert principalement à la couverture des maisons.
d- Brisis : versant inférieur d’un toit