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Ernest Fournier 2185
Ernest Fournier 2185
 

Maison : Ernest Fournier  vers 1880
2185 rue Letourneux

La chaîne des titres :

17 mars 1875
Notaire : Amable  Archambeault
Séparation des terres entre les associés Charles Henri Letourneux,  Olivier Lecours & les autres.

19 juillet 1875
Notaire :Armand Boyce
Vendeur : Olivier Lecours, quincaillier, résidant au 355 Ste Catherine
Acquéreurs : Honoré St-Pierre & Alfred Couillard de Beaumont tous deux
                     menuisiers de Montréal
Achat de cinq lots de terre

28 0ctobre 1875
Notaire :Armand Boyce

Vendeurs : Honoré St-Pierre & Alfred Couillard de Beaumont tous deux menuisiers

Acquéreur : Ernest Fournier, charpentier,
Achat d’un lot de terre sans bâtiment

09 mars 1888
Notaire : Joseph Louis Coutlée
Emprunteur : Ernest Fournier, menuisier, demeurant au 253 chemin Papineau
Prêteur : Alfred Esdras Merrill, avocat,  demeurant au 83 rue Ste-Famille
La somme de : 210,00$ à 8% d’intérêt
Donne en garantie cette maison de bois sur fondation de pierre.

23 septembre 1891
Notaire : Joseph Louis Coutlée
Vendeur : Ernest Fournier,  menuisier du village d’Hochelaga
Acquéreur : Alfred E. Merrill, avocat, demeurant au 83 Ste-Famille
Une maison de bois sur fondation en pierre
Prix de la vente : 700,00$

08 mai 1900
Notaire :Joseph Louis Coutlée
Vendeur :Alfred E. Merrill, avocat, demeurant au 83 Ste-Famille
Acquéreur : Élie Lamiche dit Lasonde, cordonnier, 34 rue LaSalle Maisonneuve
Maison de bois lambrissée de brique et autres bâtisses.
Prix de la vente : 1 000,00$

22 mars 1906
Notaire :Marie Gustave Écrement
Vendeur :Dame Delphine Hébert  veuve Élie Lasonde
Acquéreur : Pierre Guilbeault,  maçon, résidant au 645 rue Ontario
Prix de la vente : 1 300,00$


Cette petite maison n’est pas la plus ancienne de Maisonneuve mais  de peu car elle fut bâtie aux environs de 1880. Malheureusement il n’y a aucun document qui puisse nous aider à  préciser la date de sa construction : le plus ancien faisant mention de cette maison, date de 1888. Cependant il ne fait aucun doute qu’elle fut bâtie avant  cette date. Dans les plus anciens actes notariés,  datés   entre les années 1875 et 1880, nous pouvons voir que ce lot de terre est  souvent assujetti   à de nombreuses   hypothèques légales de la part de la succession de Charles Gaudry dit Bourbonnière et de Charles Henri Letourneux, mais sans faire aucune mention d’une construction sur ce terrain. 

Nul besoin de vous dire qu’elle  resta isolée, dans les champs, pendant près de deux décennies : ce secteur de la ville ne s’est développé qu’à l’arrivée de la voie ferrée et des diverses manufactures.  Elle  fut probablement bâtie  pour loger une famille de cultivateur ou  de laitier comme plusieurs maisons sur cette rue. Chose étrange, ce n’est qu’en 1891, lors de la vente, que le menuisier Ernest Fournier décida enfin de l’habiter. Il est stipulé dans l’acte de vente que : «  L’acquéreur prendra possession que dans cinq ans à compter du mois d’octobre prochain (1891) jusqu'à laquelle époque  le vendeur occupera seul le dit immeuble ».

Au tout début, cette maison était lambrissée de simples planches  de bois et ce, pendant plusieurs années. Le village d’Hochelaga puis, par la suite  la ville de Maisonneuve, ont dû fermer les yeux sur la réglementation municipale qui interdisait le bois comme recouvrement. Le fait qu’elle soit isolée de tout voisinage, réduisait sans doute le risque de propagation d’incendie. Ce n’est qu’au tournant du siècle que son nouveau  propriétaire, l’avocat Merrill,  doit à tout prix se conformer à la réglementation et faire briqueter sa maison d’une  brique d’argile. La brique striée et polychrome que l’on voit  actuellement sur la façade n’est pas celle d’origine mais  date des années vingt.

Il est intéressant d’admirer, encore de nos jours,  une véritable toiture mansardée (a) dans le quartier. Ce genre de toiture fut même  prohibé par une ordonnance daté du 17 juin 1727  où l’on pouvait y lire « Défense de construire…des toits brisés, dit à la mansarde…qui font sur les toits une forêt de bois »(1)  Cette ordonnance fut promulguée  car,  lors des incendies, le feu se propageait trop facilement de maison en maison par les toitures. Ici encore la municipalité ferma les yeux sur sa réglementation. À l’origine le terrasson et le brisis étaient recouverts de bardeaux de cèdre ou de tôles à baguette et non de tuiles comme aujourd’hui.

J’aimerais attirer votre  attention sur la faible hauteur de l’étage derrière le brisis (b) par rapport à celle du rez-de-chaussée. Les deux minuscules lucarnes (c) ne laissent guère passer beaucoup de lumière à l’intérieur de la mansarde. Jadis la longue galerie s’étirait sur  tout le long du  côté droit de la maison.

Cette mignonne  maison est l’un des très  rares exemples   datant de la période d’avant la fondation de la ville de Maisonneuve à nous être parvenu dans un état appréciable.

a- Mansardé : disposé en mansarde.

b- Brisis : versant inférieur d’un toit

c- Lucarne : petite fenêtre percée dans le toit d’un bâtiment.

1-BENOÎT Michèle GRATTON Roger, PIGNON SUR RUE Les quartiers de Montréal
Édition GUÉRIN  1991 page : 49