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Maison des laitiers 1692
Maison des laitiers 1878
 

Maisons des laitiers  1878
1692 rue Letourneux

Maison Augustin Limoges

17 octobre 1873
Notaire : C.E.Leclerc du Archambault & Leclerc
Vendeur : Charles Gaudry dit Bourbonnière, cultivateur du village d’Hochelaga
Acquéreurs :  Charles Henri Letourneux, commerçant,  Côte St Antoine
                          Michaël Boyce, épicier, demeurant 345 Ste Catherine
                          Olivier Lecours, quincaillier, demeurant 353 Ste Catherine
                          Henri Girard, épicier, demeurant 352 Ste Catherine
                          Jean Théophile Letourneux, quincaillier, 118 St Constant
                          Gustave Deschamps, commerçant, demeurant 260 Ste Catherine
Achat de la ferme familiale

06 février 1874
Notaire : A. Archambeault
Vendeur : Gustave Deschamps, commerçant
Acquéreur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Achat de 1/6 des  parts  indivises  des terrains

03 mars 1874
Notaire : A. Archambeault
Vendeur : Boyce, commerçant
Acquéreur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Achat de 1/6 des  parts  indivises  des terrains

02 août 1879
Notaire : L.C. Bourgeois
Vendeur : Olivier Lecours
Acquéreur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Achat de 1/6 des  parts  indivises  des terrains

20 avril 1880
Notaire : E. Leclerc
Vendeur : Henri Girard
Acquéreur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Achat de 1/6 des  parts  indivises  des terrains

21 décembre 1880
décès de Charles Gaudry dit Bourbonnière

02 février 1881
Notaire : E. Leclerc
Vendeur : L.T. Letourneux
Acquéreur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Achat de 1/6 des  parts  indivises  des terrains

21 novembre 1881
Notaire : C.E.Leclerc
Vendeur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Acquéreur : Augustin Limoges, laitier
Achat de deux lots de terre avec bâtiments et maison

21 novembre 1881
Notaire : C.E.Leclerc
Débiteur : Augustin Limoges, laitier du village d’Hochelaga
Prêteur : Alfred Gariépy, bourgeois de Montréal
La somme de 600,00 $ à 7%
Donne en garantie  deux lots de terre avec maison et bâtiments

08 octobre 1887
Notaire : Onésime Marin
Vendeur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Acquéreur : Augustin Limoges, laitier
Achat des lots : 8 -161,162,163,164,165 
( près de la rue Lecours projetée )
Prix de la Vente : 1 052,00$

1888
Augustin Limoges résidant sur la rue Lecours à Maisonneuve  ne pouvant pas payer, Charles Henri  Letourneux reprend les terrains vendus en 1887

27 décembre 1888
Notaire : Onésime Marin
Vendeur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Acquéreur : LA BANQUE DU PEUPLE
Achat de plusieurs lots de terre

27 novembre 1889
Notaire : Onésime Marin
Vendeur : LA BANQUE DU PEUPLE
Acquéreur : Augustin Limoges, laitier
Achat des lots : 8-314,315,316,317,318,319, &  8-235,236,237,238
( avec une maison en brique, une écurie, une grange, une étable et autres bâtisses en bois )
Prix de la vente : 3 402,25$

18 septembre 1891
Shérif : J.R. Chibodeau
Vente après faillite de Augustin Limoges, laitier
Acquéreur : Joseph Renaud, marchand & laitier de Longue Pointe
Achat de quatre lots de terre avec bâtiment
Prix de la vente : 2 000,00$

29 mai 1902
Notaire : Louis Gaspard Hétu
Vendeur : Joseph Renaud, de Maisonneuve maintenant cultivateur du village  Longue Pointe
Acquéreur : Joseph Brochus fils, résidant anciennement  au village de rivière des prairies maintenant demeurant à Maisonneuve
Achat de deux lots de terre avec bâtisses
Prix de la vente : 3 000,00$

Maison Thomas Flanagan 1878

30 juin 1879
Notaire W.L. Lighthall
Vendeur: Hubert Martin
Acquéreur : Thomas Flanagan, laitier
Achat de deux lots de terre avec maison de bois et de  brique

16 mai 1904
Notaire :Robert Bennett Hutcheson
Vendeur :Thomas Flanagan , laitier
Acquéreur; Albert Seney, laitier de Maisonneuve
Lots : 8-239 & 240
Avec maison
Prix de la vente : 1 750,00$

20 avril 1905
Notaire : Henri Dequoy
Vendeur : Joseph Brochus fils, laitier de Maisonneuve
Acquéreur : Ferdinand Gagnon, laitier de Maisonneuve
Lots : 8-237,238
Prix de la vente : 4 400,00$

28 mars 1908
Notaire :Robert Bennett Hutcheson
Vendeur : Albert Seney
Acquéreur :David Andrew Lemey,  fermier de Long Pointe
Lots : 8-239 & 240
Avec maison
Prix de la vente : 4 000,00$

03 novembre 1910
Notaire : Camille Paquet
Prêteur : Treflé Bleau,  boucher de Maisonneuve
Emprunteur : David Andrew Lemey,  laitier de Maisonneuve
La somme de : 1 000,00$
Met en garantie maison lots 8-239 &240

13 mars 1913
Notaire : J. Théo. Legault
Vendeur : David Andrew Lemey
Acquéreur : Ferdinand Gagnon 
Lots : 8-239 & 240
Prix de la vente : 1 540,00 $

02 juin 1915
Notaire : J. Théo. Legault
Ferdinand Gagnon 
Bail de 4 ans à partir  du 1er mai 1915 à Joseph Coutu,  marchand de bois et charbon, un emplacement dont la maison no : 376 rue Letourneux
Lot 8-239 & 240, loyer de 1 600,00 $

17 septembre 1915
Notaire: J. Hervé Savaria
Vendeur : Ferdinand Gagnon 
Acquéreur : Pierre Gagnon,  menuisier de Montréal
Achat de quatre lots de terre
Prix de la Vente : 4 400,00$


C’est peut-être difficile à croire, mais ces deux maisons sont les plus anciennes de Maisonneuve, construites même avant la fondation de la ville. Elles ont toutes les deux été bâties en 1878, ainsi que trois  autres qui ont disparu depuis belle lurette.
Si nous observons la chaîne des titres, nous voyons que ce sont six commerçants qui, en 1873, acquièrent la ferme de Charles Gaudry dit Bourbonnière. Il est intéressant de constater que ces commerçants ont presque tous pignon sur rue dans le même secteur de la ville de Montréal, soit sur la rue Ste Catherine, entre les rues Amherst & Wolfe. Il faut savoir aussi que des membres de la famille Bourbonnière avaient leurs  commerces   dans ce secteur. Étant voisins, ils ont appris certainement l’intention qu’avait le fermier Charles Bourbonière de vendre sa terre pour aller habiter chez ses filles, dans ce qui est aujourd’hui  Westmont.   Ils furent les premiers à faire l’acquisition de ces terres dans le but  de les lotir  et non de les cultiver. Le groupe, dirigé par le sénateur Alphonse Desjardins, acquiert la ferme Décary en 1874 et le manufacturier  Charles T. Viau acquiert la ferme des frères Bruyère en 1884.
La maison et les bâtiments de la ferme de Charles Bourbonnière se trouvaient   près de la rue Notre Dame, un secteur qui, pour les nouveaux propriétaires, était très facile à revendre. Pour ce faire, avant 1875, ils démolirent la plupart des bâtiments ainsi que la maison.  En 1878 ils  firent construire  ces cinq petites maisons en plein cœur des terres pour loger des fermiers qui allaient  faire fructifier leur terre et leur placement. C’était beaucoup plus avantageux pour eux puisque les terrains aussi éloignés de la seul voie carrossable n’allaient pas trouver preneur rapidement.  Ils prirent cependant bien soin de les bâtir sur l’alignement de la future rue Letourneux ( anciennement du nom de Lecours ) qui n’allait être ouverte que plus tard. Chaque maison était érigée sur un lot régulier mesurant 25 pi X 100 pi.( Mesures anglaises).

Ces maisons étaient habitées par des fermiers/laitiers; il est surprenant d’apprendre, qu’en 1878, sur tout le territoire du village d’Hochelaga compris entre les rues Frontenac, Viau, Notre Dame et Rosemont,  il y avait onze  producteurs de lait dont quatre demeuraient sur cette rue. Cette même année, sur huit résidants de cette rue, quatre sont producteurs de lait. Nous pouvons voir également qu’à chaque fois qu’une maison se vendait, elle était acquise par un autre producteur de lait.  La compétition ne devait pas être féroce, car nous voyons dans plusieurs actes que l’un passe de l’argent à l’autre. Qu’une autre fois,  l’un est le témoin lors d’un testament et qu’un autre marie sa fille à son voisin. Ce coin de territoire isolé, devait à lui seul  être un petit village dans un village. Au fur et à mesure que le développement domiciliaire s’accélérait, les terres pour faire paître les vaches rétrécissaient comme peau de chagrin et la production laitière cessa définitivement dans ce secteur vers 1905. Les petites maisons furent démolies pour faire place à des maisons plus  urbaines, seules celles-ci ont résisté au temps.

Voici les listes des producteurs de lait  dans Hochelaga et celles des résidents de la rue Lecours en 1878.

1878
liste des producteurs de lait du village d’Hochelaga

Pierre Brunel rue Notre Dame
Élie Chedlur  268 rue  Iberville
Edward Doyle  193 rue Moreau
Étienne Filion  rue  Dézéry
Patrick  Flanagan jr. et sa mère rue Lecours
Alphonse Hétu  rue Notre Dame
Augustin  Lépine rue  Lecours
Augustin Limoges  rue Lecours
Isaac Martel  255 rue  Frontenac
Philibert Martel   66  rue Dézéry
Théophile Rock  rue  Lecours

Liste des résidents de la rue Lecours ( Letourneux  ) en 1878
Hormidas Desrochers
François Desrochers  jardinier
Patrick Flanagan  laitier
Augustin Lépine laitier
Augustin Limoges  laitier
Nazaire Malo  Joiner
Louis Robertson  journalier
Théophile Rock  laitier

Augustin Limoges résidait auparavant sur la rue Marquette, au sud de la rue Lafontaine, et il était déjà producteur de lait. Il emménagea dans cette maison, comme locataire en 1878. Ce n’est qu’en 1881 qu’il fit l’acquisition de cette maison ainsi que  du terrain voisin à gauche. Il eut de la difficulté à payer  les mensualités et perdit la maison en 1887. Il emménagea dans un logement  sur la même rue mais tout près du fleuve. Deux années plus tard, il acquiert dix terrains dont quatre avec cette maison-ci. Il est stipulé qu’en plus de la maison se trouve également une écurie, une grange, une étable et d’autres bâtiments. Nul besoin de vous dire qu’avec tous ces bâtiments dans un emplacement de quatre-vingt dix mètres carrés, il ne devait rester de la  place que pour y mettre un pot de géranium!  Malheureusement pour lui, il fit faillite en 1891 et tous ses bâtiments et sa maison sont vendus à l’encan.

Thomas Flanagan lui, résidait comme la grande  majorité des immigrants irlandais dans le secteur de Pointe St-Charles. Il acquit la maison de gauche en 1879. Il fut beaucoup plus stable que son voisin puisqu’il y résida jusqu’en 1904 alors que les terres encore cultivables étaient de plus en plus rares.

Bien sûr je n’ai  pas besoin de vous dire que ces maisons ont beaucoup changé, surtout celle de Thomas Flanagan…alors je vais uniquement m’attarder sur celle d’Augustin Limoges puisqu’elles étaient identiques.

Ces maisons étaient à l’origine bâties beaucoup plus près du sol sur un solage de pierre. Elles  étaient  lambrissées de brique d’argile. Les murs latéraux n’ayant pas d’ouvertures puisque l’on pouvait construire sur les lots voisins, les  seules ouvertures se retrouvaient en arrière et sur la façade. Elles étaient sûrement symétriques avec la porte en plein milieu de la façade comme la majorité des maisons de l’époque. Les hautes fenêtres arquées que l’on voit aujourd’hui au rez-de-chaussée  datent des années soixante-dix.  Il faut admirer l’une des  véritables toitures  mansardées (a) encore existantes dans Maisonneuve. Regardez comme l’étage est peu élevé par rapport au rez-de-chaussée. Nous comprenons facilement que les chambres qu’il abrite ne sont pas hautes et   véritablement  mansardées.  Cette toiture comporte encore ces deux composantes spécifiques  soient : son terrassons  (b) et son brisis (c). À l’origine, les deux parties  de la toiture étaient recouvertes de tôles à baguettes.

 Remarquez aussi qu’il n’y a qu’un seul mur de refend   qui se prolonge au-delà de la toiture du côté droit de la maison et non des deux côtés. Cela s’explique par le fait que lors de la construction, les associés avaient pris le soin de bâtir les maisons à équidistance de deux lots  chacun  et que l’emplacement de droite n’était pas encore   construit. Un éventuel voisin pourrait construire directement contre la maison…

Les lucarnes (d) arrondies en arc en  plein cintre (e) sont  d’origine, bien que ce détail ne soit pas courant pour ce genre de construction. C’est probablement la seul  touche victorienne que les bâtisseurs auront voulu leur donner.

Ce modèle de maison nous le retrouvons encore  fréquemment dans tous les villages de la province mais sur le territoire de Montréal,   cela devient plus difficile. Parions que d’ici à peine quelques années cette maison  sera démolie, à son tour, pour faire place à des condominiums.

a- Mansarde : comble brisé à quatre pans.

b- Terrassons : versant supérieur d’un volume, d’une toiture ou d’un comble.

c- Brisis : versant inférieur d’un toit.

d- Lucarne : petite fenêtre percée dans le toit d’un bâtiment.

e- Arc en plein cintre : arc en demi-cercle.