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Joseph Riendeau 1477-1485
Tremblay & Riendeau 1477-1485
 

Maisons :Tremblay & Riendeau   1905
1477-1485 rue Letourneux & 4308 - 4324 rue Adam
Entrepreneur en construction : Lévi Tremblay ?

17 octobre 1873
Notaire : Onésime Marin
Vendeurs : succession de la famille Gaudry dit Bourbonnière
Acquéreurs : Charles Henri Letourneux et autres
Achat de la ferme

08 octobre 1887
Notaire Onésime Marin
Vendeur : Charles Henri Letourneux
Acquéreur : Augustin Limoges
Achat de plusieurs lots de terre sans bâtiment

30 septembre 1891
Notaire : Camille Perrault
Vendeur : Jacques Mathias Marcotte  curateur aux biens de Augustin Limoges
Acquéreurs : Louis Jacques Raymond Lavigne & autres

07 décembre 1899
Notaire : M.Alcide Rivest
Vendeur : Louis Jacques Raymond Lavigne,  comptable
                  & Médard Perrault, notaire
Acquéreur : Dame Anastasie Poissant épouse séparée de  Adolphe Duperrault
Achat de cinq lots de terre
Prix de la vente : 1500,00 $

27 avril 1900
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : Dame Anastasie Poissant
Acquéreur :Joseph Riendeau senior, ne sachant pas signé fait sa marque d’un X son fils Joseph Riendeau junior est témoin
Prix de la vente : 1600,00 $

28 novembre 1902
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : Joseph Riendeau senior
Acquéreur : Lévi Tremblay, commerçant de bois,  résident au 197rue de l’Aqueduc
Prix de la vente : 1800,00 $
                      
20 avril 1905
Permis est accordé à Joseph Riendeau de bâtir sur lots

7 novembre1905
Notaire : Marie Gustave Écrement 
Vendeur : Lévi Tremblay, commerçant de bois, résidant au 521 Sherbrooke

Acquéreur : Joseph Riendeau jr., commerçant de bois, résidant au 1465 Letourneux

Achat d’une moitié   indivise des cinq lots de terre
Un certain lopin de terre se composant de la partie sud/est des lots : 8-161à 165    « Ayant cause  le droit de mitoyenneté du côté nord/ouest de la maison que le dit acquéreur est actuellement à ériger sur la partie présentement vendue des dits lots … »

04 mai 1906
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : Lévi Tremblay, commerçant de bois, résidant au 521 Sherbrooke

Acquéreur : Joseph Riendeau jr., commerçant de bois, résidant au 1465 Letourneux

Achat  de l’autre moitié des cinq lots de terre

23 août 1906
Notaire : J. R.Francois Beaudry
Vendeur : Joseph Riendeau,  commerçant de bois
Acquéreur : Oscar Sénécal, notaire


En 1902, Lévi Tremblay  acquit de Georges T. Vincent  un  commerce de charbon & bois de chauffage situé au nord de la rue Notre Dame tout près de la rue Guy. Il faut savoir qu’à cette époque, Lévi Tremblay  habitait  tout juste à côté  sur la rue Lucien L’Allier.  L’année suivante, Joseph Riendeau  devient son associé dans le commerce de la rue Notre Dame, et tous deux  ouvrent  une place d’affaire au 444  Boulevard St Laurent à l’angle de la rue Ontario, sous le nom  de TREMBLAY & RIENDEAU. Ils ont de grandes ambitions et constatent rapidement que de vendre uniquement des combustibles ne représente pas l’avenir. Ils  vendent alors leur commerce à deux de leurs clients : Léandre Bissonette et Victor Lalande.
 En 1904, les affaires sont prospères pour eux. Ils  ont aménagé leur nouveau commerce  dans le quadrilatère formé des rues Ste Catherine, Adam, William David et Bennett. En plus de vendre du charbon, du bois de chauffage et du bois de charpente, ils se spécialisent dans la vente de moulures de tout genre autant pour l’intérieur que pour l’extérieur des bâtiments. Certains de ces éléments décoratifs étaient fabriqués à Montréal et dans les environs, mais la grande majorité  provenait des État-Unis et était achetée par catalogue (1). C’était le plus important commerce du genre dans Maisonneuve : 1904 fut une des années où la construction résidentielle fut fulgurante avec tout près de cinquante  mises en chantier.
C’est également en 1904 que Lévi Tremblay acquiert le RIVERSIDE PARC,  situé  entre le fleuve et la rue Notre Dame, à l’angle de la rue Lasalle. ( voir : Archives, album photos Massicotte & Notman). C’était,  à cette époque, un joli parc d’attraction  que fréquentaient les gens de la ville pendant la belle saison.
L’association des deux partenaires fut de courte durée puisque Joseph Riendeau se retira en 1906, laissant son partenaire seul en affaire.

Tremblay&Riendeau  Angle Ste Catherine & Bennett
Tremblay&Riendeau  Angle Ste Catherine & Bennett

Étrangement, Lévi Tremblay prit beaucoup de temps avant d’établir sa résidence à Maisonneuve. Il faut dire qu’il habitait une belle maison sur la très chic  rue Sherbrooke, tout juste en face du monastère du Bon Pasteur. Dès qu’il aménagea dans Maisonneuve, il ne perdit pas de temps à faire sa place dans la vie sociale de cette ville.  Il siégea d’abord comme  commissaire d’école, puis il  fut  élu  échevin de la Ville  sous le maire Alexandre Michaud qu’il réussit à renverser à l’élection de 1915. Malheureusement,  il   fut   le  dernier maire de cette cité, car l’annexion de Maisonneuve  à la ville de Montréal fut  décrétée par le Premier Ministre de l’époque :  Sir. Jean  Lomer Gouin (1861-1928)  le 09 février  1918.(2)
Ce n’est pas une seule maison que fit  construire  le duo TREMBLAY &  RIENDEAU mais deux maisons qui s’enlignent sur la rue Adam # 4308 - 4324  et 1477-1485 rue Letourneux. Mais je vais uniquement vous décrire celle qui se situe à l’angle sud/est des rues Adam & Letourneux, plus intéressante  puisque  sa voisine  n’a  malheureusement  plus  aucun charme   avec sa brique rosée  et ses balcons tronqués  munis de rampes  blanches en ( polyvinyle de carbone).
Il est fort probable que ce soit Lévi Tremblay qui fut maître d’œuvre de ces deux maisons puisqu’il déclare en 1902,  devant le notaire Marie Gustave Écrement, qu’en plus d’être  commerçant, il est  charpentier. Nous voyons tout de suite que ces propriétaires bâtirent des maisons à logements pour y accueillir des familles ouvrières.  Si nous les comparons avec les maisons  qu’avait fait bâtir Joseph Riendeau sur la rue Letourneux ( voir catalogue, rue Letourneux maison : Hamel & Bleau & maison : Joseph Riendeau ) nous nous apercevons rapidement que les locataires étaient de classe sociale très différente. Cependant ces logis étaient équipés de sanitaires, d’eau courante et même d’électricité ce qui n’était pas le cas pour tous les logements, à cette époque, dans Maisonneuve.
Il est certain que tout le bois utilisé pour la construction de ces maisons provenait de leur  commerce. Les portes et les fenêtres proviennent  peut-être elles aussi du même endroit. C’est dire qu’ils n’ont  peut-être pas dû débourser beaucoup d’argent pour les construire.  Malgré tout, ils utilisèrent une brique d’argile de très bonne qualité pour lambrisser  les façades et un revêtement  plus ordinaire pour les autres murs. Ils ne lésinèrent pas non plus sur les éléments de bois qui malheureusement ont tous disparus.
Jadis, tous les balcons étaient beaucoup plus élaborés : la ceinture était  plus élégante  car elle était   garnie d’une corniche (a) à  denticules  (b), les rampes (c) devaient être en bois dans le plus pur esprit victorien. D’ailleurs, les fantômes (d) laissés sur la brique, nous indiquent que de longs poteaux ouvragés reliaient les balcons du premier à ceux du deuxième étage.    Ce sont  tous ces éléments de bois qui, combinés, devaient  donner toute l’élégance à ces résidences et devaient les distinguer des autres du voisinage. L’absence aujourd’hui de ces éléments architecturaux rend les façades mornes et sans attrait. 

Voici à quoi ressemblaient les balcons au-dessus du commerce
Voici à quoi ressemblaient les balcons au-dessus du commerce

L’angle tronqué de la maison est parfait pour favoriser un ensoleillement durant la plus grande partie de la journée. C’est d’ailleurs dans  cet angle que la porte du commerce du rez-de-chaussée y est percée pour  recevoir la clientèle des deux rues. Cette façon de donner accès aux commerces était très répandue dans les quartiers ouvriers   de l’Est  de Montréal mais peu fréquente dans les quartiers anglophones de l’Ouest de la ville  (3 )
Seules les corniches  en fer blanc qui couronnent  les maisons ont résisté au modernisme. Les quelques puises (e) encore en place sont d’un bel intérêt et portent le joli nom de «  Globe auréolé » 
La construction terminée, Joseph Riendeau, qui était devenu le seul propriétaire les vendit,  en même temps que sa résidence de la rue Letourneux, au notaire Oscar Sénécal.  II semble qu’il déménagea à l’extérieur de la Ville de Montréal probablement   pour prendre sa retraite.

a- Corniche : partie saillante qui couronne un édifice; par extension ornement en saillie d’un meuble, d’un  plafond.

b- Denticule : ornement décoratif en forme de dent que l’on retrouve généralement dans la corniche.

c- Rampe : garde-corps comprenant une main courante et bordant un escalier, un balcon du côté du vide.

d- Fantôme : empreinte laissée sur une paroi ( bois, pierre ) nous rappelant l’existence d’élément architectural qui a disparu depuis.

e- Puise : mot féminin, ornement  décoratif en forment de vase, bulbe, bouteille, se trouvant au dessus de la corniche pour donner un aspect théâtral au bâtiment . aussi appelée « Puise d’énergie ».

(1)  BENOIT Michèle & GRATTON Roger  PIGNEON SUR RUE  les quartiers de Montréal
       Guérin  1991  page 53

(2)  Linteau Paul-André, MAISONNEUVE comment des promoteurs fabriquent une ville
       Boréal Express  1981  page 229

(3)  BENOIT Michèle & GRATTON Roger  PIGNEON SUR RUE  les quartiers de Montréal
       Guérin  1991  page 115