Précédent

Retour
Suivant
Ovila Gagnon 1421-1423a
Ovila Gagnon 1421-1423a
 

Maison : Ovila Gagnon  1899
1421-1423a rue Letourneux
Entrepreneur/maçon : Martial Dagenais

La Chaîne de titres :

22 juillet 1899
Notaire : Camille Perrault
Vendeur : Vital Grenier,  bourgeois, résidant au 281 rue Drolet
Acquéreur : Dame Marie Louise Charbonneau, épouse de Martial Dagenais tous deux résidant au 925 rue Sanguinet
Achat d’un lot de terre sans bâtiment
Prix de la vente : 450,00$

04 avril 1900
Notaire : Camille Perrault
Vendeur : Dame Marie Louise Charbonneau, épouse de Martial Dagenais
Acquéreur : Ovila Gagnon, bourgeois, résidant au 619b Boul. St-Laurent
Prix de la vente : 3 100,00$

14 juin 1904
Notaire : Alfred Graton
Vendeur : Ovila Gagnon, bourgeois, résidant au 249 rue Letourneux
Acquéreur : Olybrius Constantineau, banquier
Achat d’une maison portant les # 249, 245, 253 Letourneux
Prix de la vente : 4 300,00$

23 décembre 1904
Notaire : Oscar Hébert
Vendeur : Olybrius Constantineau, banquier
Acquéreur : Charles Napoléon Fortin, manufacturier
Prix de la vente : 4 500,00$

26 mai 1905
Notaire : Camille Paquet
Vendeur : Charles Napoléon Fortin, manufacturier
Acquéreur : Thomas J. Sutton, comptable, résidant au 127 rue Ste-Élizabeth
Prix de la vente : 4 650,00$

09 novembre 1906
Notaire : Camille Paquet
Vendeur : Thomas J. Sutton, comptable, résidant au 127 rue Ste-Élizabeth
Acquéreur : Napoléon Surprenant, menuisier, résidant au 20 rue Allard
Prix de la vente : 4 725,00$


Avant 1899, la majorité des maisons sur la rue Letourneux se retrouvait au  sud de la rue Ste Catherine qui elle, n’existait pas encore. Il n’y avait que quelques rares maisons  décimées ici et là  le long de la rue plus au nord.  La présence du  ruisseau migeon  qui coulait d’est en ouest, à cet emplacement, y est peut-être pour quelque chose. À cette époque les habitants pouvaient traverser  ce ruisseau  à l’aide de petits ponts très rudimentaires fabriqués de simples planches, aux rues Pie IX, Desjardins, Lasalle et Letourneux.

Cette maison a perdu un peu du lustre qu’elle avait lors de sa construction. Elle pouvait facilement rivaliser avec les belles constructions de Maisonneuve et même avec celles de Montréal. Elle a les mêmes proportions que  les maisons que l’on peut admirer  sur les rues Laval, de l’Hôtel de Ville ou encore Cherrier.

Généralement, tous les étages d’une maison sont de même hauteur sauf dans certains cas pour le dernier, sous le brisis (a) qui pouvait être un peu plus bas que les autres.  Ici l’entrepreneur et maçon,  Martial Dagenais, a privilégié les étages au détriment du  rez-de-chaussée. Pour ce faire, il s’est servi des plans d’une maison  à deux étages sur un entresol  pour en faire une maison à trois étages. Il a tout simplement  rehaussé légèrement l’entresol de près de soixante centimètres pour créer un rez-de-chaussée.   Regardez comment ce rez-de-chaussée est peu élevé et comment la porte d’entrée est presque de la même hauteur que la fenêtre de droite.

Actuellement les proportions de la maison sont peu harmonieuses et il est difficile de comprendre le raisonnement  de l’entrepreneur  qui a bâti de cette façon! De plus la démolition dans les années soixante des hautes  lucarnes (b) a grandement diminué l’allure altière de cette propriété.

Voici à quoi devait  ressembler  la maison au milieu du XXe siècleVoici à quoi devait  ressembler  la maison au milieu du XXe siècle

Sur cette photographie, nous voyons tout de suite que le couronnement  avec son brisis en ardoise, ses lucarnes et ses puises (c) donnent un tout autre effet. Les proportions et l’élégance  sont rétablies grâce  à l’ornementation du couronnement. Nous voyons facilement que ce jeu de volume n’est pas uniquement   un décor  que l’on peut changer suivant le goût du jour ou faire disparaître sans altérer  l’harmonie de l’ensemble.

Parmi les éléments encore en place et dignes d’intérêt, mentionnons d’abord la belle corniche (d) de bois  qui semble soutenir la toiture en fausse mansarde, ensuite les magnifiques consoles (e) qui supportent les balcons et qui ont été préservées. Il faut en admirer l’élégance et  prier qu’elles résistent encore un autre siècle. À Maisonneuve, nous retrouvions, au milieu de XXe siècle, plus d’une centaine de maisons avec ce genre de console mais actuellement dans le quartier nous n’en retrouvons pas plus d’une quinzaine. La petite balustrade (f) qui  relie les consoles  est, elle aussi, assez attrayante et très rare dans le quartier. Le trumeau (g) entre les portes des étages a, lui aussi, été heureusement préservé.

Consoles soutenant le balcon.Consoles soutenant le balcon.

Ce que l’on doit retenir des changements faits sur  cette maison du XIXe siècle,  c’est qu’il est impératif que les rénovations que l’on effectue sur une maison ne soient pas hâtives et qu’elles respectent le plus possible le style de l’époque et non pas les modes passagères aussi « modernes » soient-elles!

Heureusement, cette maison n’est pas un cas désespéré car elle possède encore un beau  potentiel architectural.  Il suffirait qu’un propriétaire amoureux du patrimoine puisse en faire l’acquisition et qu’avec beaucoup de bonne volonté, ils  la rende de nouveau séduisante.

a- Brisis : versant inférieur d’un toit

b- Lucarne : petite fenêtre percée dans le toit d’un bâtiment.

c- Puise : mot féminin, ornement  décoratif en forment de flèche, vase, bulbe, bouteille, etc.  se trouvant au dessus de la corniche pour donner un aspect théâtral au bâtiment . Aussi appelée « Puise d’énergie ».

d- Corniche : partie saillante qui couronne un édifice.

e- Console : organe en saillie sur un mur destiné à porter une charge(réelle ou figurée)

f- balustrade : rangée de balustres portant une table d’appui; toute clôture à hauteur d’appui et à jours.
   balustre : colonnette ou court pilier renflé ou mouluré généralement employée avec d’autres et assemblée avec eux par une tablette pour former un appui, une clôture, une rampe,  un motif décoratif.

g- Trumeau : pan de mur entre deux  fenêtres, ou portes.