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Léveillée-Houle 571-575
Léveillée-Houle 571-575
 

Maison : Léveillée-Houle 1888 & 1913
571-575 1913 , 579,a,b,c 1888, 581-583 1888

La chaîne des titres :

17 octobre 1873
Notaire : A. Archambeault
Vendeur : Charles  Gaudry dit Bourbonnière
Acquéreur : Charles Henri  Letourneux et autres
Achat de la ferme  de la famille Gaudry dit Bourbonnière

06 février 1874
Notaire : A. Archambeault
Vendeur : Gustave Deschamps, commerçant
Acquéreur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Achat de 1/6 des  parts  indivises  des terrains

03 mars 1874
Notaire : A. Archambeault
Vendeur : Boyce, commerçant
Acquéreur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Achat de 1/6 des  parts  indivises  des terrains

02 août 1879
Notaire : L.C. Bourgeois
Vendeur : Olivier Lecours
Acquéreur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Achat de 1/6 des  parts  indivises  des terrains

20 avril 1880
Notaire : E. Leclerc
Vendeur : Henri Girard
Acquéreur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Achat de 1/6 des  parts  indivises  des terrains

02 février 1881
Notaire : E. Leclerc
Vendeur : L.T. Letourneux, commerçant
Acquéreur : Charles Henri Letourneux, commerçant
Achat de 1/6 des  parts  indivises  des terrains

09 avril 1888
Notaire : Onésime Marin
Vendeur : Charles Henri Letourneux, commerçant de Montréal
Acquéreur : Moïse Léveillée, menuisier, résidant au 296 rue Logan
Achat de deux lots de terre sans bâtiment
Prix de la vente : 600,00 $

22 mai 1888
Notaire : Onésime Marin
Vendeur : Moïse Léveillée, menuisier  résidant  au  296 rue Logan
Acquéreur : Joseph Charest, commerçant de chevaux,  141 ½ rue Ste Élisabeth
Achat du terrain  côté nord   
Prix de la vente : 1 220,00 $
« L’acquéreur s’oblige à briqueter la maison avant le mois d’août prochain»

12 septembre 1890
Notaire : Moïse Garand
Vendeur Joseph Charest, commerçant, résidant  sur la rue Letourneux 
Acquéreur : Léon Payette, hôtelier
Prix de la vente : 2 000,00 $
Achat du terrain côté nord   avec deux maisons et hangar

20 février 1891
Notaire : Joseph C.E. Lévy
Vendeur : Moïse Léveillée, menuisier 
Acquéreur : Alexandre Dupuis, journalier de Maisonneuve
Achat terrain côté sud avec maison en bois  à l’arrière de la propriété et hangar
Prix de la vente : 675,00 $

03 mars 1895
Notaire : Moïse Garand
Vendeur : Léon Payette, hôtelier
Acquéreur : Napoléon houle, cordonnier
La somme de : 2 100,00 $

22 avril 1899 
Notaire : Joseph Édouard Cormier
Emprunteur : Alexandre Dupuis, peseur de sucre,  189 rue Letourneux
Prêteur : Dame Nathalie Castillon veuve Charles Ruffier, 290 rue Déséry
La somme de 500,00$ à 10% d’intérêt
Donne en garantie  le terrain de droite  avec maison et hangar

20 mai 1899
Notaire : Joseph Édouard Cormier
Vendeur : Alexandre Dupuis, peseur de sucre
Acquéreur : Philippe Bois, journalier, résidant au 189 rue Letourneux
Prix de la vente : 1 000,00 $

18 juin 1899
Notaire : Notaire : Marie Gustave Écrement
Emprunteur : Napoléon Houle, cordonnier, résidant au 193 rue Letourneux 
Prêteur : Léon Payette, hôtelier, Hôtel 143 St Paul, résidence 83 St Denis
La somme de : 300,00 $

22 août 1901
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : Philippe Bois, journalier de Maisonneuve
Acquéreur : Léon Payette, hôtelier, résidant au 83 rue St Denis

03 septembre 1901
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : Léon Payette, hôtelier, résidant au 83 rue St Denis
Acquéreur : Napoléon Houle, cordonnier de Maisonneuve
Prix de la vente : 975,00 $

08 octobre 1904
Notaire : Marie Gustave Écrement
Emprunteur : Napoléon Houle, cordonnier
Prêteur : Léon Paquette
La somme de : 800,00$  à 6%

10 avril 1913
Notaire : François George Crépeau
Compagnie Alliance National
Napoléon Houle, cordonnier
La somme de : 3 000,00 $ à 6 ½  %
Donne en garantie ses deux terrains et maisons


Vous vous demandez sûrement pourquoi j’inscris cette maison-ci dans ce site! Ce n’est pas et, vous en conviendrez avec moi,  pour sa grande élégance ni pour son entretien méthodique. Ce n’est pas, non plus, pour la rénovation respectueuse du cachet d’origine qu’elle a subie au début des années quatre-vingts. Bien au contraire!

Non, elle s’y retrouve à cause de sa partie de gauche et de la maison arrière qui sont dans  les plus anciennes maisons  de Maisonneuve. Non pas qu’elles furent les premières construites sur le territoire,  les plus anciennes ayant été détruites  entre les années 1970 & 1972.

Mais avant de décrire ces maisons, il faut se reporter  au temps de leur construction.  Maisonneuve venait d’être fondée le 27 décembre 1883  et seulement quelques belles maisons de campagne s’échelonnaient le long du fleuve. Il n’y avait que deux familles qui  occupaient elles-mêmes leur ferme : la famille Gaudry dit Bourbonnière et la famille Bennett. Les autres terres étaient exploitées par des engagés. Ce n’est qu’à partir de  1888 que l’on construisit, à l’angle sud/est des rues Notre-Dame & Letourneux, le premier Hôtel de Ville qui servait également de caserne de pompiers et de poste de police. Cette année-là, les rares maisons déjà construites sur le territoire,  se trouvaient en majorité sur la rue Notre-Dame et parsemées ici et là sur les rues Lasalle et Letourneux.  C’est dans ce contexte  que le charpentier  Moïse Léveillée acheta deux terrains  dans ce qui allait devenir le centre ville de la nouvelle ville de Maisonneuve.

Il ne perdit pas de temps pour construire deux maisons sur ses terrains car, il est stipulé dans l’acte de revente daté de mai 1888, que le futur acquéreur (Joseph Charest) devra lui-même prendre en charge le briquetage de la maison.  Ce qui veut dire que les deux maisons étaient construites mais pas terminées. Il est fort probable que cette mention fut apportée expressément pour la maison de façade (celle de gauche ) car pour les maisons arrières, la ville était plus tolérante et permettait aux propriétaires de prendre une ou deux années pour  faire lambrisser leur maison et ce, dans le but  d’attirer un plus grand nombre de gens  à construire dans la municipalité.

Voici à quoi ressemblaient les maisons à la fin des années soixante-dix.
Voici à quoi ressemblaient les maisons à la fin des années soixante-dix

La maison construite à l’arrière, en 1888, est tout à fait représentative des maisons ouvrières  que l’on construisait à l’époque. S’élevant sur  deux étages, elle comprend   quatre logements sans eau courante ni électricité, un  poêle à bois pour chauffer  quatre pièces. La «bécosse  » se trouvait jadis à gauche au centre du terrain et desservait les sept logements. La toiture est inclinée légèrement vers l’intérieur de la cour  pour laisser égoutter l’eau de pluie que l’on recueillait dans un baril. Un escalier droit  en bois conduisait sur la longue et unique galerie  à l’étage. Cette maison a conservé son caractère quasi original.

Quant à la maison de gauche, elle fut  construite, elle aussi, en 1888. À remarquer qu’elle fut érigée directement  sur la ligne de la propriété, tout près du trottoir. Jadis, elle était lambrissée de brique d’argile commune aux arrêtes un peu  acérées. Ni balcons, ni saillies ne viennent perturber sa façade très sobre. À l’origine, les fenêtres à battants  étaient  en bois; la belle saison  venue, elles étaient remplacées par des volets. Les allèges (a) et les linteaux (b) eux aussi étaient en bois; ce qui était commun pour l’époque.  Les plafonds des logements  étaient bas pour faciliter le chauffage; d’ailleurs  on peut remarquer encore aujourd’hui que les étages ne sont  pas dans le même alignement que ceux de sa voisine construite plus tard. Une jolie corniche de bois soutenue par des consoles (c) couronnait la maison.

La maison de droite fut construite en 1913, donc 25 ans plus tard que les deux précédentes. Il y avait eu de grands changements dans la façon de bâtir et de nouveaux matériaux avaient fait leur apparition. Cependant le propriétaire aura voulu donner une belle homogénéité  à la façade  en essayant d’harmoniser le plus  possible les deux parties.

Premièrement,  il utilisa une brique d’argile assez semblable; de la même couleur et de la même taille. Il fit une corniche  en métal  qui respectait  admirablement celle en  bois de la maison de gauche; par contre, elle s’élevait d’environ 70cm  plus haut que la précédente, les plafonds des  appartements  étant plus hauts. 

Les fenêtres n’avaient pas  de linteau  en bois mais étaient légèrement arquées comme on les construisait   au début du XXe siècle.

Il faut remarquer, qu’aux étages, cette maison a des balcons et qu’ils surplombent le trottoir. De nos jours, une telle chose ne serait pas tolérée par la municipalité mais à l’époque c’était chose courante.

L’autre grande différence  est bien-sûr la porte cochère (d) que l’on utilise pour accéder à la maison arrière.  C’est probablement l’une des dernières portes cochères construites à Montréal puisque l’on ne construisait plus de maison arrière depuis belle lurette !  Dans ce cas-ci, le propriétaire n’a pas eu  le choix car il n’y avait pas d’autres possibilités d’accéder aux logements arrières que de percer cette ouverture dans la façade, réduisant du même coup la superficie du  logement du rez-de-chaussée. Le nom « Cochère » porte souvent à confusion et bon nombre de gens pensent qu’elle servait pour les chevaux et l’équipage ! Aucun cheval ni aucune voiture   ne pouvait passer  par-là, c’est bien évident !  Généralement dans les vieux quartiers populaires de Montréal, les portes cochères n’étaient accessibles qu’aux piétons. Cependant nous pouvions dès le  XVIIIe siècle, dans ce qui est aujourd’hui le Vieux Montréal et ses faubourgs, voir de hautes portes cochères semblables à celles que l’on retrouve en Europe où  les voitures et leur  équipage  pouvaient facilement passer. Aujourd’hui, il n’en subsiste que quelques exemples.

Malheureusement ces deux maisons  ont perdu tout charme et élégance.   Une rénovation inadéquate y est certainement pour quelque chose. Ce ne sont pourtant pas les moyens financiers ni les techniques qui ont fait défaut mais le manque de  sensibilité et le manque de respect du patrimoine. Le désir de modernité à tout prix a fait son oeuvre.  Voici une liste non exhaustive des outrages  commis au fil du temps sur ces maisons : 

  1. Choix d’une brique grise qui rend la façade morne et sans attrait
  2. Rétrécissement des ouvertures
  3. Disparition des linteaux et des arches
  4. Disparition des  deux corniches

a- Allège : Mur d’appui à la partie inférieure d’une fenêtre

b- Linteau : pièce horizontale fermant la partie supérieure d’une porte, d’une fenêtre et soutenant la maçonnerie.

c- Console : organe en saillie sur un mur destiné à porter une charge (réelle ou figurée)

d- Porte cochère : porte dont les dimensions permettent l’entrée des voitures.