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Louis Champagne 547-553
Louis Champagne 547-553
 

Maison Louis Champagne  1889

Chaînage de titres;

03 août 1888
Notaire : Onésime Marin
Vendeur : Charles Henri Letourneux
Acquéreur : Benjamin Lebeau, charretier
Achat de trois lots de terre
Prix de la vente : $650.00

17 août 1888
Notaire : M. Perrault
Vendeur : Benjamin Lebeau,  charretier
Acquéreur : Louis Champagne,  contremaître à la « St Lawrence Sugar »
Achat de deux lots de terre

10 janvier 1902
Notaire : Léandre Bélanger
Vendeur : Louis Champagne,  contremaître à la « St Lawrence Sugar »
Acquéreur : Thomas O.Farell,  contremaître
Achat d’une maison de bois lambrissée de brique

 

Louis Champagne était contremaître dans la compagnie  de sucre qui aujourd’hui porte le nom de «  Sucre Lantic ».  Il était, à la même époque, échevin au conseil de ville de Maisonneuve. À un moment donné, il se plaça en conflit d’intérêt  en votant lors d’une séance du conseil  pour une compagnie électrique qui désirait avoir le contrat pour  desservir la ville d’électricité et qui était celle choisie par la « St Lawrence Sugar ». Le vote a dû être repris un mois plus tard et c’est la compagnie adverse (Shawinigan Heat & Power) qui l’emporta cette fois-ci.

Louis Champagne, nous l’avons vu,  avait une bonne profession et il  était une personne en vue à Maisonneuve. Il tenta même de devenir un promoteur immobilier en achetant & vendant quelques maisons, mais la dure réalité se manifesta : après avoir  emprunté de l’argent  à un bourgeois de Montréal nommé Félix Toupin le 21 décembre 1899, il se retrouva avec des dettes qu’il ne pouvait plus acquitter.  La seule solution pour garder son honneur fût de vendre sa résidence de la rue Letourneux en 1902. Cela le sauva, car il se refit une réputation et  acheta la maison de ferme de la famille Bourbonnière, qui était située sur le bord de fleuve. Il la revendit rapidement avec profit à la  « St Lawrence Sugar »

Un mot sur Thomas O.Farell, il devint chef de police pendant des années. Il a longtemps résidé sur la rue Letourneux mais tout près du fleuve. À un certain moment,  il acheta un restaurant au coin de la rue Notre-Dame & Letourneux. Sa veuve en fera autant plus tard, mais au coin de la rue Desjardins.

Cette maison est la plus ancienne recensée de Maisonneuve. Il y avait beaucoup d’autres maisons plus anciennes qu’elle  à Maisonneuve mais elles ont tous disparu sous le pic des démolisseurs en 1971 & 1972 pour faire place à l’autoroute Est/ Ouest. Beaucoup de petites maisons temporaires avaient été érigées aussi dans ce secteur par des propriétaires qui n’avaient pas les moyens de bâtir une maison avec fondation  de pierre. Alors ils bâtissaient eux même une maison temporaire sur pieux de bois  souvent au fond du terrain et le moment approprié construisaient leur véritable résidence. Cette maison-ci n’était pas une maison temporaire, et elle était bien située car le centre de la ville naissante se situait coin Notre-Dame & Letourneux.

Ce triplex sur deux étages comporte deux logements dans la partie de gauche et un cottage dans celle de droite. Lambrissée de briques d’argile au rez-de-chaussée et d’un splendide brisis (a) d’ardoise grise à l’étage cette maison attire encore aujourd’hui les regards des badauds. Il n’en fut pas toujours le cas, longtemps elle fut délaissée : sa brique et son brisis furent peints, ses puises enlevées et ceci dans un but de modernité.

Heureusement ses propriétaires actuels sont tombés amoureux de cette belle Victorienne. Ils ont travaillé à refaire les balcons  de bois, ravalé la façade de brique et le brisis  d’ardoise. Ils ont même réinstallé les puises sur les lucarnes ce qui  redonne un air de jeunesse à cette maison.

Les beaux pilastres (b) qui supportent les balcons sont centenaires mais surprise, ils ne sont pas d’origine. Quand  Thomas O.Farell achète la maison en 1902, il demande à l’architecte Charles Aimé Reeves qui habite à quelques pas de là, de faire des transformations à la maison : entre-autre d’enlever les rampes, balustres  et les poteaux de bois tournés pour les remplacer par ces pilastres, le but étant de donner plus d’élégance et de prestance à la maison qui à cette époque avait des voisines qui pouvaient lui porter ombrage.

Après quelques mois de transformation intérieure & extérieure, O’Farell vendit cette maison  au Médecin  J.B. A. Quintal, qui y résida jusqu'à 1946. Sa veuve la revendit en 1948. Par la suite  le cottage devint une maison de chambre pendant dix ans et après se transforma en deux logements. Ce n’est que depuis près de quinze ans que cette partie de la maison est redevenue un cottage.   Pour la partie de gauche, elle n’a jamais vraiment connu de transformation majeure.

 

a- Brisis : versant inférieur d’un toit

b- Pilastre : pilier aux pans carré rappelant la colonne. (très utilisé à Montréal)