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Lévi Tremblay 4603-4605
Lévi Tremblay 4603-4605
 

Maison Lévi Tremblay 1910  1913  1920
4603-4605 rue Ste Catherine

La Chaîne des titres :

24 août 1903
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : William Bennett, cultivateur, demeurant au 377 rue Notre Dame
Acquéreurs : Lévi Tremblay & Joseph Riendeau jr. Tous deux commerçants de bois faisant affaire sous le nom de TREMBLAY & RIENDEAU
Achat de 32 lots de terre compris entre les rues Bennett, Aird, sud de la rue Adam & Ste Catherine.
Prix de la vente : 12 000,00$

11 mars 1905
Notaire : Marie Gustave Écrement
Partage des lots de terre entre Lévi Tremblay & Joseph Riendeau
Joseph Riendeau reçoit 23 lots de terre
Lévi Tremblay  reçoit 9 lots de terre sur la rue Ste Catherine  dont ceux-ci.

04 mai 1906
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : Joseph Riendeau, commerçant de bois, demeurant au 215  rue Letourneux à Maisonneuve
Acquéreur : Lévi Tremblay, commerçant de bois, demeurant au 33 rue Sherbrooke est   Montréal
Vente des terrains partagés l’année précédente. Le prix de la transaction  est gardé secret par les deux associés. 

20 octobre 1919
Notaire : Henry Troy
Vendeur : Lévi Tremblay, commerçant de bois, demeurant au 76 rue Aird
Acquéreur : BANK NOVA SCOTIA  représentée par son gérant :
                     Henry Wilson Binning
Achat de deux lots de terre  dont l’un avec maison de deux étages  portant # 259 rue Ste Catherine & 76 rue Aird.
Prix de la vente : 18 500,00$

15 mars 1928
Notaire; Georges Beauregard
Vendeur : BANK NOVA SCOTIA  représentée par son gérant :
                        Walter B. Snow
Acquéreur : Jean-Baptiste Cousineau, pharmacien, demeurant au 1668 #3  Pie IX
Achat d’une maison # 2799   rue Ste Catherine angle Aird.
Prix de la vente : 13 000,00$

15 septembre 1964
Notaire : Joseph Hector R. Messier
Testament de Jean-Baptiste Cousineau

19 juin 1974
Notaire : Guy Goyette
Vendeur : Philippe Cousineau, résidant au 10 50e ave. Ville Lachine exécuteur testamentaire de feu Jean-Baptiste Cousineau résidant autrefois au  5404 rue Mennereuil à St Léonard de Port Maurice
Acquéreur : Yvon Bilodeau, homme d’affaire, résidant au 4737 rue Ste Catherine
Achat d’une maison portant les adresses : 4603 - 4605 rue Ste Catherine & 1414-1416 -1418 rue Aird.
Prix de la Vente : 45 000,00$


Il est difficile de croire que cette maison est  centenaire! C’est vrai mais pour une partie seulement.  Lévi Tremblay possédait à la fin du XIX e siècle un commerce de bois de chauffage & de charbon situé dans le quartier de la petite Bourgogne dans l’ouest de Montréal. Il s’associa, pendant  quelques années, à Joseph Riendeau  pour former l’entreprise TREMBLAY & RIENDEAU. En 1903, ils acquièrent les terrains situés entre les rues Bennett, Aird, Ste Catherine jusqu'à la ruelle au sud de la rue Adam. En plus de vendre du bois de chauffage, on s’y spécialisait dans la vente de bois de charpente et  de moulures intérieures/extérieures de tous genres. Ce commerce, pouvait-on lire en 1911, était le plus important du genre  dans tout Maisonneuve. Cependant leur association ne dure que quelques années puisqu’en 1905, ils se partagent les terrains et  Lévi Tremblay continue à gérer seul l’entreprise. En 1910, celui-ci  décide de faire construire,  pour accueillir sa clientèle grandissante, une petite bâtisse d’un seul étage mesurant 24’ X 35 ‘ (mesures anglaises) à l’angle des rue Ste Catherine et Aird.  Voici une photographie publiée en 1911 nous vantant le commerce de M. Lévi Tremblay.

Photographe : Harry Richards  1910
Photographe : Harry Richards  1910
Archive : A.H.H.M.

Nous remarquons qu’à cette époque, cette petite maison était isolée de tout  et que la cour à bois se trouvait derrière la palissade. Déjà l’angle était tronqué et abritait la porte d’entrée.  En 1913, alors que M.Lévi Tremblay réside sur la rue St Clément, tout  près de la rue Notre Dame, il décide de se faire construire un logement au-dessus de son commerce et, par la même occasion, d’agrandir le bâtiment  donnant sur la rue Aird.   Il est fort probable que la corniche ainsi que les puises qui ornaient la petite maison aient été récupérées pour garnir à nouveau cette construction de deux étages.

En 1914, la « Nova Scotia Bank » installe une succursale sur la rue Viau à l’angle nord/ouest de la rue Notre Dame. Elle  choisit   cet emplacement, sans doute, parce qu’il était tout près du chantier naval de la « Canadian Vickers »  qui venait de s’agrandir et employait de nombreux ouvriers. L’année suivante, elle emménage au rez-de-chaussée qu’occupait le commerce de Lévi Tremblay mais  ce n’est qu’en 1919 qu’elle acquiert le bâtiment. 1920 fut une année de changements, pour la maison, puisque la banque procède à de très grands travaux :elle double la superficie du bâtiment  sans même gêner ses opérations; ni même son locataire, Lévi Tremblay, qui  restera  sur place et ce, pendant encore huit ans. C’est  cette modification qui, somme toute, donne l’apparence au bâtiment que l’on peut voir aujourd’hui.

Nous pouvons remarquer que la pierre artificielle ne fut utilisée ici, que pour rehausser quelques rares  détails mais sans plus : l’angle tronqué est garni de quatre pierres carrées  à figure de lion. Une jolie corniche(a)  parcourt l’édifice et sépare les étages de l’attique (b). Un  fronton de faible importance (c) vient coiffer l’angle du bâtiment. Les murs sont, eux, lambrissés d’une brique de couleur café très à la mode à cette époque. Jadis, les larges vitrines du rez-de-chaussée étaient garnies dans leur imposte (d)  de carreaux de verre serti dans le plomb. Il est fort étonnant qu’une banque n’ait pas investi davantage pour donner à sa succursale  plus de panache.  Les autres banques  se faisaient pourtant  un point d’honneur de donner à leurs établissements  un air de dignité, voire même d’opulence.  Il suffit d’admirer les différents bâtiments  qui se trouvent sur le territoire de Maisonneuve (Molson Bank, Toronto Dominium, Banque de Montréal, Banque d’Hochelaga, Banque Royale etc.) Toujours est-il qu’elle ferma définitivement cette succursale en 1924  et laissa le local du rez-de-chaussée  vide pendant  près de quatre ans.

C’est en 1928 que le pharmacien Jean-Baptiste Cousineau acquiert le bâtiment et y loge sa pharmacie. Pendant  les années où il fut propriétaire il agrandit de nouveau vers l’arrière portant les dimensions du bâtiment à celles  que l’on connaît aujourd’hui. Deux commerces donnant sur la rue Aird furent logés au rez-de-chaussée de cette nouvelle partie et trois logements à l’étage. Cet ajout fut très bien exécuté puisqu’il est difficile de voir la ligne de démarcation entre l’ancienne partie et la nouvelle, surtout au niveau de la corniche. La brique fut, elle aussi,  très soigneusement choisie, pour  harmoniser le plus possible l’ensemble.  Jean-Baptiste Cousineau resta propriétaire de cette maison pendant près de cinquante ans jusqu'à son décès survenu en 1974.

En 1958, un jeune pharmacien reprend  le commerce de monsieur Cousineau  désireux de prendre sa retraite. Ce jeune pharmacien n’était nul autre que Jean Coutu, oui le vrai Jean Coutu; ce fut  sa première pharmacie  qu’il opéra  jusqu’en 1969.

La pharmacie Jean Coutu vers 1960
La pharmacie Jean Coutu vers 1960
Photographie gracieuseté du groupe Jean Coutu

Je crois que le quartier peut être fier d’avoir accueilli la première pharmacie d’un de nos plus beaux fleurons québécois.

a- Corniche : partie saillante qui couronne un édifice; par extension ornement en saillie d’un meuble d’un plafond.

b- Attique : couronnement horizontal décoratif, ou petit étage terminal d’une construction, placé au-dessus d’une corniche ou d’une frise importante.

c- Fronton : couronnement d’un édifice ou d’une partie d’édifice consistant en deux éléments de corniche oblique, ou d’ une corniche courbe, se raccordant à la corniche de l’entablement.

d- Imposte : pierre en saillie moulurée couronnant le piédroit d’une arcade et supportant la retombée de l’arc.
Partie supérieur d’une fenêtre ou d’une porte (fenêtre mobile ou fixe au dessus de la porte).