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Félix Gervais 4242-4246
Félix Gervais 4242-4246
 

Maison Félix Gervais  1905
4242-4246 rue Ste Catherine angle de Lasalle
Entrepreneur en construction : Walter Reed
Architecte en 1905 : Charles Aimé Reeves ?
Architecte en 1927 : J. Arthur Grisé

La chaîne des titres :

26 septembre 1882
Notaire : C.F. Leclerc
Vendeur : Charles Henri Letourneux, commerçant & quincaillier
Acquéreur : James Robertson, manufacturier, résidant au 361 Bleury
Achat de plusieurs lots de terre sans bâtiment

20 mai 1905
Notaire : Ernest Décary
Vendeur : Succession de James Robertson  représenté par :
      James B. Robertson, 49 avenue du Parc
      John Moris Henry Robertson, 21 avenue Seymour
      Charles Henry Robertson
                 Tous trois manufacturiers
Acquéreur : Félix Gervais,  épicier, résidant au  19 rue Drolet
Achat d’un lot de terre
Prix de la vente : 1 225,00$

23 août 1905
Permis est accordé à Félix Gervais de bâtir, signé Walter Reed

20 novembre 1923
Notaire : Lambert Lamarche
Vendeur : Félix Gervais, tailleur pour homme, résidant au  2534 Ste Catherine
Acquéreur : Dame Juliette Dorval  épouse de J. Élisée Giguère,  notaire, tous
deux résidant au : 1005 boulevard Gouin est, à Montréal
Achat d’une maison de trois étages lambrissée de pierre
Prix de la vente : 17 000,00$

23 octobre 1925
Notaire : Joseph Théophile Legault
Vendeur : Dame Juliette Dorval  épouse de J. Élisée Giguère,  notaire tous  deux résidant au : 1005 boulevard Gouin est, à Montréal

Acquéreur : Félix Gervais, tailleur pour hommes, résidant au  2534 Ste Catherine
Achat de la même  propriété

23 octobre 1925
Notaire : Joseph Théophile Legault
Vendeur : Félix Gervais, tailleur pour hommes, résidant au  2534 Ste Catherine
Acquéreurs : Victor & Henri Bernier, courtiers d’immeuble, résidant respectivement au  1460 & 1462 rue Jeanne d’Arc
Achat d’une maison de trois étages lambrissée de pierre
Prix de la vente : 21 500,00$

23 octobre 1925
Notaire : Joseph Théophile Legault
Vendeurs : Victor & Henri Bernier, courtiers d’immeuble
Acquéreur : Eugène J. Castongay,  médecin résidant au 2532 rue Ste Catherine
Achat d’une maison de trois étages lambrissée de pierre
Prix de la vente : 22 500,00$

12 mars 1927
Notaire : Eugène Poirier
Locateur : Eugène Castongay, médecin résidant au 2537 rue Ste Catherine
Locataire : Banque Canadienne Nationale, représentée par  Beaudry Lerman
Bail d’une durée de quinze années pour le rez-de-chaussée et le sous-sol.
Le  loyer mensuel était  de 135,00$ 
Le locataire s’oblige de faire ces travaux  à ses frais :
1 : d’enlever l’escalier conduisant au premier étage se trouvant sur la rue de Lasalle.
2 : de modifier l’escalier conduisant au deuxième étage donnant sur la rue Ste Catherine. 
3 : de modifier la façade de l’édifice  du rez-de-chaussée.
4 : d’installer les enseignes appropriées sur le bâtiment.
5 : de percer et d’emménager  une  voûte de sécurité  au sous-sol.

07 juin 1933
Notaire : Elwin Legault
Emprunteur : Eugène J. Castongay,  médecin, résidant au 4231  rue Ste Catherine
Prêteur : Louis Mangeau,  4222 rue Ste Catherine
La somme de 4 000,00$

15 juin 1975
Décès de : Eugène Joseph Castongay

3 août 1976
Notaire : Yvan Desjardins
Vendeur : Succession de feu  Eugène Joseph Castongay représenté par
Lucette Castongay, femme au foyer, 6145 rue Casgrain
Guy Castongay, gérant des ventes,  6474 rue LeBreton
Bruno Castongay, médecin, 7780 rue D’Aubigny
Acquéreur : BANQUE CANADIENNE NATIONALE  représentée par :
R. Poliseno, gérant de la succursale rue Ste Catherine
Prix de la vente : 32 500,00$  payer comptant


À mon avis ce qui surprend le plus en consultant cette chaîne des titres, c’est qu’un épicier, du jour au lendemain, devienne  tailleur de vêtements pour homme et ce, sans apprentissage! Félix Gervais tenait toujours, en 1904,  une petite épicerie à l’angle des rues Roy & Sanguinet. L’année suivante,  il s’associa à Camille L’Heureux qui lui, était  un tailleur pour homme chevronné et tous deux   tinrent   commerce au rez-de-chaussée de cette maison.

Auparavant, Camille l’Heureux possédait une mercerie sur la rue Notre Dame près de la rue Amherst. Nous le connaissons à Maisonneuve puisqu’il  acquit  la maison Félix Dansereau sur la rue Letourneux en 1897 et qu’il se fit construire en 1900 une maison avec son ami  l’architecte  Charles Aimé Reeves,  à l’angle des rues Notre Dame et Letourneux. Puis en 1904, il emménagea  sur la rue Théodore  et en 1908 sur la rue Adam, près de la rue Théodore, dans des maisons dont les plans ont été faits encore par Charles Aimé Reeves. Il ne serait donc pas surprenant que cette maison-ci fut  aussi dessinée par  Charles A. Reeves  surtout que c’est Walter Reed qui en était l’entrepreneur général.

Walter Reed et Charles Aimé Reeves étaient des partenaires d’affaire dynamiques puisqu’ils ont conjointement construit plusieurs bâtiments dans Maisonneuve. Voici une liste non exhaustive  de leurs réalisations entre les années 1900 et 1908 :

Maison Charles A. Reeves 510-514 rue Letourneux                   1900   (aujourd’hui démolie )
Maison Camille l’Heureux 2587-2589 rue Notre Dame  1900   ( aujourd’hui démolie )
Maison Joseph L’Heureux  1442-1452 rue Viau   1903
Maison Robert Fraser 562-568 rue Leclaire  1903
Maison Charles Reeves sen. 575-575 rue Sicard  1904
Maison Robert Fraser 534-544 rue Leclaire   1904
Maison Azarie Messier  528-532 rue Leclaire   1904
Maison Camille l’Heureux 478-488 rue Théodore 1904
Maison Walter Reed 1659-1669 rue LaSalle 1904
Maison J.L. Philippe Roy 4550-4560 Ste Catherine 1905
École de LaSalle rue de LaSalle   1905   ( aujourd’hui démolie )
Maison Charles A. Reeves 1877-1891 Boul. Pie IX 1906
Maison Camille L’Heureux 4780-4790 rue Adam 1908

Avant de vous décrire cette maison, j’aimerais spécifier que le rez-de-chaussée a subi un grand changement en 1927 et donc,  qu’elle n’a plus l’apparence d’antan;  je la décrirai donc  en deux temps.

Tout d’abord, il faut admirer la grande simplicité que dégage la maison. Sur la façade, aucun balcon ni sailli  n’interrompt  la rigidité de l’ensemble.  La pierre ne fut  utilisée ici que pour lambrisser la façade, laissant  les autres murs recouverts de brique. L’accent fut donc mis  sur la façade donnant sur la rue Ste Catherine;  seul le splendide entablement  (a) qui couronne la maison crée un lien entre les deux murs. Admirez la finesse des détails : la frise en caisson garnie de festons (b), la corniche à  denticules et surtout la pile d’encoignure. À l’origine, une très haute puise (c) surplombait le coin de l’édifice et servait de point de repère architectural,  car on pouvait la voir de très loin.

Le rez-de-chaussée était tout à fait différent de ce que l’on peut voir aujourd’hui. La porte de droite qui conduisait, à l’époque,  uniquement au dernier étage est le seul élément qui n’a pas changé.  La porte d’entrée  du commerce était située en plein centre  de la façade, ce qui permettait d’avoir de par et d’autre de larges vitrines pour exposer les vêtements et les nouveautés. Ces vitrines étaient séparées par d’étroits pilastres (d) en bois qui  soutenaient une corniche à denticules (e)  en fer blanc. Heureusement, encore de nos jours nous pouvons voir à profusion   ce genre de composition  sur la rue Ste Catherine  et ailleurs.

Les murs intérieurs du commerce étaient lambrissés de planches de bois dites en «  V ».  Un long comptoir  séparait comme d’habitude  le commerce en deux sections distinctes : l’avant pour la clientèle et l’arrière pour l’atelier.  Un escalier donnant sur la rue de Lasalle se trouvait  derrière ce comptoir et  montait directement à l’appartement du premier étage qui était occupé alors  par le propriétaire.

Deux dessins illustrent la maison en 1906 et en 1927
Deux dessins illustrent la maison en 1906 et en 1927 

Dans un deuxième temps, au mois de mars 1927, la Banque Canadienne Nationale loue le rez-de-chaussée pour une durée de quinze ans. Il est alors  mentionné une foule de travaux à être exécutés par le locateur (voir plus haut à la chaîne des titres). La banque mandate donc son architecte maison, J.Arthur Grisé, de dessiner les plans  pour cette transformation.  Il n’a certes pas rencontré  de grandes difficultés puisqu’il avait fait l’exercice auparavant sur d’autres commerces. En   voici  cinq exemples :

1285 rue Bernard, angle nord / est de la rue Outremont
1851 rue Ontario  est, angle nord / ouest de la rue Dorion
4060 rue Ontario est, angle sud / ouest du Boul. Pie IX
2395 rue Ste Catherine est, angle nord / ouest de la  rue Dufresne
1944 rue Centre, angle sud / ouest de la rue Jardin

Ce genre d’établissement  n’avait pas besoin de vitrine pour exposer quoi que ce soit  et la porte d’entrée donnait uniquement sur la rue Ste Catherine. Alors, pour une meilleure visibilité de l’entreprise, on déplaça cette porte à l’angle des  rues Ste Catherine et de Lasalle,  car  à cette époque les tramways circulaient sur ces deux artères. Les étroits pilastres disparurent au profit de plus larges pilastres de pierre de style dorique plus approprié pour une banque. Une plus large corniche remplaça la précédente séparant adéquatement  le local de la banque  du reste de la maison.  Cette fois-ci, elle couvrait non seulement la façade donnant sur la rue Ste Catherine mais parcourait également le mur donnant sur la rue de Lasalle. On pouvait y lire à l’époque le nom de la  Banque Canadienne Nationale  peint en lettres  rouges.

Il est intéressant de savoir que la banque resta locataire près de cinquante années avant d’en faire l’acquisition en 1976 et qu’elle ferma définitivement cette succursale en 1983. Il est aussi intéressant de constater qu’à cette époque on retrouvait cinq institutions  bancaires sur cette rue dont deux Banques Canadiennes Nationales.  Actuellement, il n’en subsiste qu’une seule, de peine et de misère. 

a- Entablement : ensemble horizontal supporté directement sur des colonnes  comprenant les parties  suivantes  : architrave, frise et corniche.

b- Feston : ornement représentant une guirlande de fleurs et de feuilles liées entre elles.

c- Puise : mot féminin, ornement  décoratif en forme de  vase, bulbe, bouteille, etc.  se trouvant au dessus de la corniche pour donner un aspect théâtral au bâtiment . Aussi appelé « Puise d’énergie ».

d- Pilastre : pilier aux pans carrés rappelant la colonne.

e- Denticule : ornement décoratif en forme de dent que l’on retrouve généralement dans la corniche.