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Banque d’Hochelaga 4058-4060 rue Ontario
Banque d’Hochelaga 4058-4060 rue Ontario
 

Banque D’Hochelaga 1920
4058-4060 rue Ontario

La chaîne des titres :

17 mars 1898
Notaire : Louis Dumouchel
Vendeur : Dame Zaïde Paré, épouse de Louis Édouard Desjardins,  médecin
Acquéreur : WATSON FOSTER Co. 589 rue Ontario,   Maisonneuve
Achat  de deux lots de terre sans bâtiment

1898 
Construction  d’une maison de brique de deux étages sur la rue Ontario à l’angle sud / ouest du Boulevard Pie IX

11 mai 1912
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : WATSON FOSTER Co.  représenté par Robert Fraser, vice-président résidant  au  600 rue Ontario, Maisonneuve
Acquéreur : Louis Joseph Siméon Morin, avocat, résidant au 432 Pie IX
Achat de deux lots de terre avec une maison en brique  # 600 rue Ontario
Prix de la vente : 14 000,00$

11 mai 1912
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : Louis Joseph Siméon Morin, avocat, résidant au 432 Pie IX
Acquéreur : LA BANQUE D’HOCHELAGA
Achat de deux lots de terre avec une maison en brique  # 600 rue Ontario
Prix de la vente : 1,00$

1919
Démolition du cottage

1920
Construction de la succursale Maisonneuve de la BANQUE D’HOCHELAGA

1926
réaménagement intérieur du rez-de-chaussée  par le service de construction de la Banque Canadienne Nationale Architecte :  J. Arthur Grisé ( 1 )

1938
Modification du 1er étage pour le diviser en deux logements distincts, par le service de construction de la Banque Canadienne Nationale( 1 )

1957
Modification du 3e  étage  par le service de construction de la Banque Canadienne Nationale( 1 )


« Fondée en 1880  par Hugh Watson, la fabrique de papier peint Watson Foster Compagny, s’installe à Maisonneuve en 1896 à l’angle  nord/est des rues Ontario et Pie IX. À l’instar de plusieurs autres entreprises, cette compagnie profite des mesures incitatives décrétées par le conseil municipal de l’époque afin de promouvoir le développement industriel de la ville. Elle  bénéficie donc d’un octroi de 9 000,00$ et d’une exemption de taxes pendant vingt ans. Au tournant du vingtième siècle, la Watson Foster est la deuxième industrie en importance dans Maisonneuve, après la raffinerie Saint Laurent. Conçu par l’architecte Alexander Cowper Hutchison, le bâtiment est d’une grande sobriété. Les seuls éléments décoratifs sont le détail de brique au niveau de la corniche et l’entrée principale, soulignée par une légère avancée, un timide fronton d’inspiration classique et un arc en plein cintre de la porte. » ( 2 )

Vue  à vol d’oiseau de la fabrique de papier peint Watson Foster
Vue  à vol d’oiseau de la fabrique de papier peint Watson Foster

Dessin publié en 1911
Archive : A.H.H.M.

«Alexander C. Hutchison naquit à Montréal en 1838. Il fait d’abord l’apprentissage du métier de tailleur de pierre au sein de l’entreprise de son père, un entrepreneur en construction. Il suit ensuite des cours au Mechanic’s Institute, puis commence à pratiquer le métier d’architecte à partir de 1865. Au début des années 1870, il se joint à Henri Maurice Perrault pour la conception de l’Hôtel de ville de Montréal (1872-1878) et, en 1876, il forme avec le Britannique Alexander Denton Steel (1841-1890) l’agence Hutchison and Steel. Dans les années 1890, il pratique en solo. En 1898, il s’associe avec son fils William Burnet et son gendre George Winks Wood (1863-1941) pour former l’agence Hutchison and Wood. En 1909, John Melville Miller (1875-1948) se joint au groupe, mais Miller quitte la firme en 1919. L’agence survit au décès d’Alexander Hutchison survenu en 1922, et obtient des contrats jusque dans les années 1930. » Outre ses réalisations architecturales, Alexander C. Hutchinson a été membre fondateur et président de l'Ordre des architectes du Québec,  membre fondateur de l'Académie Royale du Canada qu'il présida de 1885 à 1907 et responsable de la création de l'École d'architecture de  l’Université McGill. Il fut maire de la ville de Westmont  de 1885-1891  (3)

Voici quelques  résidences réalisées par cet architecte : 
2005 rue St Marc à Montréal,  réalisée en 1889
505 avenue des Pins  à Montréal, réalisée en 1892
1564 avenue Summerhill à Westmount, réalisée de 1894
478 avenue Mount Pleasant à Westmount, réalisée en 1896
476 avenue Mount Pleasant à Westmount, réalisée en 1896
356 rue Oliver à Westmount, réalisée en 1897

Comme nous pouvons le voir dans la chaîne des titres, cette compagnie acquiert à l’opposé de sa manufacture, deux terrains à l’angle sud/ouest des rue Ontario et Pie IX.  Son président, Hugh Watson, fit appel encore une fois à son architecte préféré, pour les plans d’une belle résidence à l’intention de Robert Fraser alors contre-maître de sa manufacture. L’architecte utilisa, encore cette fois-ci, le  style édouardien d’inspiration gothico-renaissance anglaise, style très  en vogue à Montréal entre les années (1895 –1940). 

Résidence de Robert Fraser à l’angle sud / ouest des rues Ontario et Pie IX
Résidence de Robert Fraser à l’angle sud / ouest des rues Ontario et Pie IX

Photographe : Harry Richards  1911
Archive : A.H.H.M.

Robert Fraser fut très actif dès le début de la fondation de la ville de Maisonneuve. On le retrouve notamment comme marguillier  de la paroisse  protestante St Chutbert et comme commissaire d’école pour cette même  communauté. Il fut élu  échevin de la ville de 1910 à 1915. Nous le connaissons davantage comme spéculateur foncier  puisqu’il acheta et vendit bon nombre de maisons et de terrains  dans le quartier. Cette maison qu’il occupa pendant vingt années fut démolie en 1919 pour faire place à l’édifice actuel. Il emménagea, par la suite, dans un autre cottage de la compagnie mais cette fois-ci  dans la ville de Westmount.

La Banque d’Hochelaga fut fondée dans la ville de  Québec le 4 mai 1859 et ce n’est qu’en 1924 qu’elle fusionne avec la Banque Nationale pour former la Banque Canadienne Nationale   BCN.

C’est en 1906 que la BANQUE D’HOCHELAGA  décida d’implanter  une  succursale   dans la ville de  Maisonneuve, du côté nord de la rue Ontario, entre les rues Letourneux et de LaSalle. Le local était modeste mais bien situé et le gérant de l’époque logeait à l’étage comme le faisaient plusieurs  commerçants des environs.

En 1912, le temps semblait  favorable à la construction d’un bâtiment plus prestigieux pour une succursale,  surtout que les banques Molson et Toronto Dominion avaient déjà construit leur bâtiment  sur la rue Ontario de chaque côté  de la rue de LaSalle.

Nous remarquons que c’est Louis J. Morin qui  acquiert la maison au coût de
14 000,00$ et la revendit immédiatement le même jour à la banque d’Hochelaga pour la somme de 1,00 $. Il faut savoir que monsieur Morin fut, pendant des années, l’avocat de la ville de Maisonneuve et par surcroît  le gendre du sénateur Alphonse Desjardins.  Non que je doute de la générosité de cet avocat, mais il me semble qu’il y a « anguille sous roche »  et je ne connais toujours pas encore aujourd’hui la raison de cette générosité envers la banque. Je ne connais pas non plus la raison pour laquelle la Banque d’Hochelaga attendit des années pour faire construire à cet emplacement. Le climat politique de la ville de Maisonneuve en est peut-être la raison : il y eut un  changement radical au conseil  de ville en 1915 et l’annexion de Maisonneuve à la ville de Montréal survint  en 1917.  Le climat politique mondial  n’était pas plus reluisant  puisque  la Grande Guerre (1914 – 1918)  se faisait déjà sentir.

C’est finalement en 1920 que ce bâtiment voit le jour. Nous ne connaissons malheureusement pas l’architecte qui en dessina les plans mais nous savons que les modifications apportées au rez-de-chaussée en 1926 portent la signature de  l’architecte   J. Arthur Grisé. À notre connaissance celui-ci ne conçut entièrement qu’une seule succursale, au 1450 rue Mont-Royal à l’angle sud/est de la rue Garnier. Par contre, il dessina les modifications de quelques commerces pour la B.C.N. en vue d’accueillir les nouvelles succursales. En voici quelques adresses :

1285 rue Bernard, angle nord / est de la rue  Outremont
1851 rue Ontario  est, angle nord / ouest de la rue Dorion
4060 rue Ontario est, angle sud / ouest du Boul. Pie IX
2395 rue Ste Catherine est, angle nord / ouest de la  rue Dufresne
4246 rue Ste Catherine est, angle sud / ouest de la rue de LaSalle

C’est peut-être par modestie ou par souci d’économie que l’on  privilégia la brique comme parement plutôt que la pierre, généralement utilisée comme matériau pour ce genre de construction.  Cependant la combinaison entre les  deux,  donne un bel effet et est tout à fait au goût de l’époque. C’est effectivement pendant cette période que la ville de Montréal voit s’ériger sur son territoire les bâtiments à logements multiples lambrissés de briques aux couleurs foncées, enjolivés de pierres artificielles. Nous retrouvons ces bâtiments dans tous les quartiers de la ville mais surtout dans les nouveaux quartiers tels que  : Outremont, Rosemont, Villeray, etc.

La Banque Canadienne Nationale en 1980
La Banque Canadienne Nationale en 1980

Archive de la Ville de Montréal

Il faut admirer la symétrie de la façade. L’architecte a soigneusement mis   en retrait les deux  loggias (a) des étages à droite du bâtiment pour préserver cette symétrie. Ces loggias sont garnies de magnifiques balustrades (b) en bois. La pierre que nous voyons ici  n’est pas artificielle; c’est  une véritable pierre calcaire, utilisée surtout  pour souligner quelques détails d’importance.  De ces détails, mentionnons premièrement l’entrée principale, encadrée de deux colonnes (c)  de style dorique soutenant un entablement et couronnée par un fronton (d) triangulaire. La majorité des fenêtres du rez-de-chaussée est encadrée  de pierre tandis que les autres sont uniquement coiffées d’un linteau  de pierre. Deux bandeaux séparent les étages : celui du rez-de-chaussée et celui de l’attique (e). Une large et saillante corniche de métal  couronne l’édifice.

Le rez-de-chaussée a subi  des rénovations d’importance au début du XXIe siècle, il faut cependant souligner que les modifications apportées furent effectuées en respectant le style  du  bâtiment.

a- Loggia : enfoncement formant un balcon couvert.

b- Balustrade : rangée de balustres portant une table d’appui; toute clôture à hauteur d’appui et à jours.
     Balustre : colonnette ou court pilier renflé ou mouluré généralement employé avec d’autres et assemblé avec eux par une tablette pour former un appui, une clôture, une rampe, un motif décoratif.

c- Colonne : support vertical constitué d’un fût de section circulaire et généralement d’une base et d’un chapiteau.

d- Fronton : couronnement d’un édifice ou d’une partie d’édifice consistant en deux éléments de corniche oblique, ou d’ une corniche courbe, se raccordant à la corniche de l’entablement.

e- Attique : couronnement horizontal, décoratif, ou petit étage terminal d’une construction, placé au-dessus d’une corniche ou d’une frise importante.

(1)  RÉPERTOIRE D’ARCHITECTURE TRADITIONELLE SUR LE TERRITOIRE DE LA COMMUNAUTÉ
       URBAINE DE MONTRÉAL  ( LES BANQUES )  1980

(2)   RÉPERTOIRE D’ARCHITECTURE TRADITIONELLE SUR LE TERRITOIRE DE LA COMMUNAUTÉ
        URBAINE DE MONTRÉAL  ( ARCHITECTURE INDUSTRIELLE  )  1982

(3)   WIKIPÉDIA  portail Montréal