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Damesse P. Riopel 1853-55
Damesse P. Riopel 1853-55
 

Maison : Damase Pierre Riopel 1899
1853-55  Boulevard Pie IX

La Chaîne de Titres :

06 juin 1897
Notaire : Dumouchel
Vendeur : Alphonse Desjardins, avocat de Montréal
Acquéreur : Adolphe Duperrault, commerçant et agent d’immeuble,
Résidant au : 787 avenue du Parc à Montréal
Achat de plusieurs  lots de terre

13 juin 1898
Notaire : Joseph Édouard Cormier
Vendeur : Adolphe Duperrault, commerçant et agent d’immeuble  de Montréal
Acquéreur : Damase  Pierre Riopel, gérant de la Banque Ville Marie située au 286 rue Notre Dame à Montréal
Achat d’un lot de terre
Prix de la vente; $ 425.00

01 mai 1899
Permis est accordé à : Damase Pierre Riopel, gérant de banque et signé Hubert Desjardins, président de la « Montreal Terra cotta »

24 avril 1901
Notaire : C.G.H. Beaudouin
Eugène Tessier dit Lavigne, manufacturier de biscuits de Joliette
Banque Nationale, succursale de Joliette, représenté par son gérant Joseph Henri Dusault
Reprise par la banque, entre-autre de la maison sur la rue Pie IX pour une dette de $ 13 000.00

12 juin 1902
Vente publique par J.R. Thibaudeau,  Shérif de Montréal
Acquéreur; Eusèbe Labrèque, forgeron de Maisonneuve
Achat d’un lot de terre avec bâtisses construites dessus
Prix de la vente : $ 2 700.00

28 février 1909
Notaire; Marie Joseph E. Bouvier
Vendeur : Eusèbe Labrèque, forgeron de Maisonneuve
Acquéreur : Dame Darila Demers, épouse de Job Stanislas Trempe, lieutenant de Police
Achat d’une maison
(Le vendeur se réserve cependant le logement du haut pour un loyer mensuel de $14.00)
Prix de la vente : $ 4 200.00

09 décembre 1916
Notaire : Joseph Arthur Couture
Vendeur : Dame Dorila Demers, veuve  Job Stanislas Trempe
Acquéreur : Thomas Dufresne  propriétaire de la manufacture de chaussure Dufresne & Locke
Prix de la vente : $ 5 000.00

30 avril 1923
Notaire : Joseph Arthur Couture
Vendeur : Thomas Dufresne
Acquéreur : Édouard H. Lanthier jr., comptable domicilié au 216, rue Pie IX
Achat d’une maison
Prix de la vente; $ 9 000.00

27 octobre 1927
Notaire : Robert Bennett Hutchison
Vendeur : Édouard H. Lanthier jr., Comptable, domicilié au 1853, Boul. Pie IX
Acquéreur : Harold Gilbert Tarrance, chef de police
Prix de la vente :$ 9 000.00


Quand le banquier Riopel a fait bâtir ce duplex, il ne se doutait certainement pas qu’il ferait bientôt faillite  et que cette maison serait aussitôt saisie. C’est dommage car il avait investi beaucoup d’argent pour en faire le plus beau des duplex jamais construits dans Maisonneuve. Encore aujourd’hui, cette maison ressemble davantage  à un joli cottage fait pour accueillir une famille bourgeoise. Il faut mentionner qu’avant 1899, sur la rue Pie IX, il n’y avait que des maisons unies familiales, appartenant presque toutes à la famille du Sénateur Alphonse Desjardins ; la maison du chimiste Charles Bardorf à l’angle sud-ouest de la rue Lafontaine en est une rare exception.

Autre fait intéressant : c’est le plus ancien permis de construction connu à avoir été émis dans Maisonneuve; auparavant, les propriétaires n’avaient pas l’obligation d’en faire la  demande à la ville. En même temps que l’on bâtit cette maison, la maison voisine de droite est, par hasard, également en construction.

Au nombre des  propriétaires et locataires  importants  qui ont résidé dans  cette maison, il faut mentionner en premier lieu Thomas Dufresne, manufacturier de chaussures de la compagnie  DUFRESNE & LOCKE. Il était  le père d’Oscar et Marius Dufresne, deux hommes influents de la Ville de Maisonneuve. Un autre personnage important dont il faut parler : Édouard Lanthier, membre de la famille propriétaire de la compagnie de chaussures KINSBURY FOOTWEAR, et qui avait acheté auparavant les maisons Henry Foreman et Charles Bardorf, deux autres demeures également situées sur la rue Pie IX. Il faut citer enfin les deux co-propriétaires de la compagnie MICHAUD & LAMBERT, Albert Lambert et Frédéric Michaud qui furent également  locataires de cette maison.  Nul besoin de spécifier que cette maison à logements était pratique pour les grands patrons de la chaussure, car elle se situait tout près des manufactures sises dans le quadrilatère formé des rues Ontario / Hochelaga & Lasalle / Aird.

En regardant la chaîne des titres, nous pouvons constater qu’Édouard Lanthier n’a pas fait de profit, car il a revendu cette maison au même prix qu’il l’avait achetée cinq ans auparavant : cette maison n’aura pas fait que des heureux.

Ce qui nous surprend sur cette maison, c’est sûrement  la surcharge de décoration, surtout quand on sait qu’à l’origine, il y en avait presque le double de ce qu’il en reste aujourd’hui! Tout d’abord, son parement de pierre lisse était déjà une exception dans ce secteur de la ville; toutes les maisons étaient lambrissées de briques. Sa façade possède à gauche un avant-corps latéral percé au rez-de-chaussée de deux fenêtres géminées à arc en plein cintre (a). Ces ouvertures sont  rehaussées d’un bandeau de pierre terminé par des boules, c’est un élément  que nous retrouvons  très rarement dans l’architecture domestique.  Nous pouvons cependant  voir des fenêtres semblables  sur la maison Théophile Leclaire, au 1439 de la rue St Clément (voir catalogue, rue St Clément).

Sa jolie corniche (b) en fer gaufré à motif de feston (c) n’est pas sans intérêt mais c’est surtout son  dôme (d) à double registres qui surprend le plus. À l’origine, la partie basse de ce dôme  était recouverte de tuiles en fer blanc à motif d’écailles de poisson (e). La partie supérieure, elle, a conservé ses tuiles d’ardoise polychrome également  à motif d’écailles de poisson. Le tout se terminait par un mât en bois de trois mètres de haut.

Nul besoin de vous dire que la longue galerie parcourant toute la largeur de la façade et soutenue par d’horribles poteaux de fer n’est pas d’origine. Nous retrouvions à l’époque un balcon-perron, à peine plus large que l’entrée, érigé devant les deux portes des entrées, laissant l’avant-corps de gauche dégagé pour lui donner plus de prestance. Ce balcon, de même que celui de l’étage, était  soutenu par des poteaux en bois œuvré dans la plus pure tradition d’une fin de période de l’Éclectisme Victorien (1880-1901). Ses portes de bois ainsi que le trumeau qui les sépare, ont miraculeusement résisté au modernisme. On peut imaginer la splendeur de cette maison  à l’époque et combien il est dommage de la voir aujourd’hui dans cet état!!!

a- Arc en plein cintre : arc en demi-cercle (la plus répandu).
b- Corniche : partie saillante qui couronne un édifice; par extension ornement en saillie d’un meuble d’un plafond.
c-Feston : ornement représentant une guirlande de fleurs et de feuilles liées en elles.
d- Dôme : toit galbé, de plan centré, à versant contigu ou à pans : comble élevé, de forme arrondi, couronnant  un édifice.
e- Écailles de poisson (en) : motif ornemental en forme d’écaille de poisson que l’on retrouve généralement dans les brisis d’ardoise et métal.