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Desjardins 1824
Desjardins 1824
 

Maison Desjardins 1896
1824 boulevard Pie IX

La chaîne de titres :

15 février 1890
Notaire : Euzèbe Laliberté
Vendeur : Hon. Alphonse Desjardins, avocat,
Acquéreurs :  Dame Zaïde Parée,              
            l’abbé Joseph Jacques Alphonse Desjardins, jésuite, tuteur des
            enfants mineurs de feu Virginie Parée et d’Alphonse Desjardins
                      Jean Baptiste Octave  Hubert Desjardins, 
             Louis Édouard Desjardins
                       Marie Pia Auria Desjardins
            Marie Louise Alphonsine Virginie Desjardins
Achat de plusieurs lots de terre en culture sans rue ni lotissement
Prix de la Vente : 26 250,00$

27 février 1901
Notaire : Louis Dumouchel
Vendeurs : Dame Marie Pia Auria Desjardins, épouse de L.J.Morin, avocat &
Dame Marie Louise Alphonsine Virginie Desjardins épouse de                              William E. Morin, avocat
Jean Batiste Octave  Hubert Desjardins, gérant
Acquéreur :Dame Alexandrine Pelletier , épouse de Oscar Dufresne, gérant de manufacture
Achat d’un cottage de brique # 434 Pie IX et d’une lisière de terre mesurant 2’3’’ X115’ longeant le lot voisin au nord de la propriété et appartenant au vendeur
Prix de la vente : 2 200,00$

02 mai 1910
Notaire : Samuel McKay
Vendeur : Dame Alexandrine Pelletier, épouse de Oscar Dufresne
Acquéreur : William Pratt, résidant au 434 rue Pie IX
Prix de la vente : 3 000,00$

16 juillet 1912
Notaire : William B. Reddy
Vendeur : William Pratt, marchand
Acquéreur : James B. Campbell, agent de vente pour American Can Co., résidant au 169 rue
                    Lafontaine
Prix de la vente : 6 500,00$

15 octobre 1912
Notaire : Alphonse Lanaudière
Vendeur : James B. Campbell, agent de vente, résidant au 434 rue Pie IX
Acquéreur : Michel Lefèvre, médecin,  résidant au 496 rue Orléans
Prix de la vente : 7 500,00$


En consultant la chaîne des titres, nous remarquons les noms de personnes bien en vue de la ville de Maisonneuve.   Des membres de la famille du sénateur Alphonse Desjardins apparaissent en premier puisque ce sont eux qui ont fait construire cette maison-ci et également une dizaine d’autres  cottages, dans ce secteur de la ville, à la fin du XIXe siècle. Le deuxième nom important qui est noté, est celui d’Oscar Dufresne par le biais de son épouse Alexandrine Pelletier qui, en 1900, acquiert  ce cottage. Il faut savoir qu’à peine deux mois auparavant Oscar Dufresne et son partenaire Ralph Locke, avaient acheté deux terrains situés juste un peu plus au nord et sur lesquels ils  firent  bâtir leur résidence.  En 1910, les époux Dufresne vendirent cette propriété à leur locataire William Pratt  qui la revendit, trois  mois plus tard, à son voisin le docteur Michel Pellerin.  Cette même année le couple Dufresne fit construire une splendide demeure à quelques pas plus au nord ( voir catalogue, rue Pie IX maison Oscar Dufresne 1910 ).

De la dizaine de  cottages que fit bâtir la famille Desjardins,  deux seulement affichaient une forte influence du style « Queen Anne 1880-1900 »; les autres étaient plus urbains mais somme toute tout aussi victoriens.

Voici un extrait puisé dans  L’ARCHITECTURE DE MONTRÉAL, Guide des styles et bâtiments, nous donnant une bonne définition de ce style :« Les bâtiments Queen Anne se définissent d’abord par leur plan irrégulier empreint de pittoresque (tours, pignons, cheminées massives), puis par de savantes combinaisons de matériaux contrastants en façade ( brique rouge, ardoise, bardeau de cèdre, stuc ) à cela il faut ajouter la présence de bay Windows, de galeries enserrant le rez-de-chaussée (fruit de l’influence nord-américaine) ainsi que d’une multitude de détails se bousculant sur les devantures :décor de bois tourné ou scié mécaniquement, incrustation de terre cuite, soleil et tournesols stylisés ».(1)

Il est difficile, aujourd’hui, de reconnaître l’influence de ce style, tant cette maison a changé au cours du siècle, mais voici une illustration publiée en 1913, dans une brochure publicitaire de la ville de Maisonneuve, nous montrant la maison du Dr Michel Lefèvre  et son décor original.

La maison dans son décor bucolique publié en 1913
La maison dans son décor bucolique publié en 1913

archive : A.H.H.M.

Nous voyons  facilement, sur cette image, que la maison répondait parfaitement à la description de ce style. Elle était à l’époque partiellement lambrissée de brique rouge.  L’avant-corps du côté droit  se prolongeait  par le pignon recouvert de bardeaux de cèdre aux motifs variés. Il s’élance dans le ciel par un  long épi (a). Il est malheureux que l’oriel (b)  du rez-de-chaussée ait disparu et ce, depuis très longtemps. Il n’est pas sans rappeler celui de la maison de Percy Bennett ( voir : catalogue, rue Lafontaine ).   Une  large  véranda (c) se profilait jadis bien  au-delà de la façade et rejoignait cet oriel. Cette véranda était soutenue par des poteaux   en bois œuvré reliés entre eux par des arcs surbaissés. Remarquez la toiture inclinée en façade qui dissimule parfaitement le toit plat de la maison. Jadis cette partie de la  toiture était recouverte de tuiles d’ardoise. La haute et massive  cheminée était à l’époque prolongée d’un mitron (d) de terre cuite. C’était la grande  spécialité de la MONTRÉAL TERRA COTTA Co. propriété de la famille Desjardins.

Aujourd’hui cette maison a encore belle apparence bien qu’elle soit   beaucoup plus modeste. Tous les nombreux détails en bois ont  malheureusement disparu. La brique d’origine disparaît derrière un décor de fausse pierre plus ou moins harmonieux. Les ouvertures de la façade ont toutes été rapetissées et modernisées. L’ardoise de la toiture a été changée par de la tuile d’asphalte  ennuyeuse. La large véranda fut rétrécie d’environ un mètre. Les proportions de la façade ont été conservées et malgré tout, cette jolie maison, qui se dissimule derrière une végétation abondante, garde un certain charme, presque rural.

a- Épi : ornement décorant la crête d’un toit

b- Oriel : ouvrage vitré en général en surplomb, formant avant-corps sur la hauteur de plusieurs étages;  fenêtre en encorbellement qui fait saillie dans la surface.

c- Véranda : pièce ou galerie,  du rez-de-chaussée.

d- Pièce en poterie terminant le conduit d'une cheminée. Le mitron est ouvert en partie haute.

( 1 )  L’ARCHITECTURE DE MONTRÉAL Guide des styles et des bâtiment.
RÉMILLARD François MERRETT Brian, édition Méridien 1990