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Maison : Viau  fin du 19e siècle
Viau 4930
 

Maison : Veuve Viau  vers 1901 ?
4930 rue Adam
Architecte : Louis Roch Montbriant ?

La chaîne de  titres :

12 juillet 1886
Notaire : O. Marin
Vendeurs : R.F.A. Bruyère & J.E.A. Bruyère
Acquéreur : Charles Théodore Viau, manufacturier
Achat de la ferme Bruyère
Prix de la vente : 60 000.00 $
LINTEAU  Paul André  MAISONNEUVE  Comment des promoteurs fabriquent une ville
Boréal Express  1981  p. 280           971.428    L761ma   1981

25 octobre 1901
Notaire : Pierre Arsène Mondoux
Emprunteur : Succession Charles Théodore Viau
Prêteur : Narcisse Picotte,  bourgeois domicilié  au 1162 Dorchester à Montréal
Emprunt de la somme de :  45000.00 $
Donne en garantie trois lots de terre avec deux cottages sus érigés et davantage de lots de terre  à Montréal & dans le village de Longue Pointe

10 août 1904
Notaire : René Leroux
Narcisse Picotte  rétrocède les biens à la Succession Viau pour paiement rendu.

08 juillet 1914
Notaire : Georges Antoine Bourdeau
Vendeur : : Succession Charles Théodore Viau
Acquéreur : Romulus Lavallée, notaire
Achat de trois lots de terre avec  maison en pierre et brique solide de deux étages portant le # 28 de la rue Adam
Prix de la vente : 8500.00 $

02 février 1933
Notaire : Robert Déry
Vendeur : : Romulus Lavallée, notaire
Acquéreur : Dame Albertine Labelle, épouse de J.F. Albert Gatien, médecin, tous deux domiciliés au 4954 apt # 4 Ste Catherine est, coin Viau 
Achat d’une maison de deux étages portant autrefois le # 3450 et maintenant 4930 de la rue Adam
Prix de la vente : 15000.00 $


Cette maison ainsi que sa voisine de droite  est l’une des rares  dont je ne connaîs pas  l’année exacte  de construction. Il n’existe aucun document antérieur à 1901 qui nous soit parvenu. Il se pourrait donc que les héritiers de  Charles Théodore Viau n’aient  pas demandé de permis pour la construire  et qu’ils n’aient pas eu besoin non plus de faire un emprunt pour  faire bâtir cette maison ainsi que la maison voisine.

Cependant il est fort probable qu’ils  aient attendu la fin de la construction de l’église paroissiale avant d’ériger les deux cottages puisque l’un devait servir à loger le curé et l’autre à des fins de location. Deux photographies prises en 1899 montrent que la seule construction sur toute l’étendue de Viauville est l’église au début de sa  construction.

Vue à vol d’oiseau de Viauville
Vue à vol d’oiseau de Viauville, à remarquer l’église en construction

Photographie : Laprès & Lavergne 1899
Archive : BNQ

Le manufacturier Charles Théodore Viau décéda le 10 décembre 1898 laissant à sa veuve Émilie Deguise et à son beau-frère la charge de poursuivre son œuvre. Il est à noter qu'aucun membre de la famille ne résida dans cette maison. La famille Viau habitait dans une splendide propriété  tout  près du fleuve au nom évocateur de Beaurivage ( voir catalogue, rue Vimont,  maison : Pierre  Olivier ).

Cette maison servit pendant les premières années d’école primaire jusqu’à la construction de l’Académie Ste Émilie en 1902. Elle fut louée par la suite comme résidence  à plusieurs locataires différents. Ce n’est qu'en 1914 que le Notaire Romulus Lavallée, qui était déjà locataire,  en fit l’acquisition  et y vécut plus d’une quinzaine d’années. En 1933 quand le Notaire vendit cette maison, il déménagea sur la même rue, au coin de la rue Leclaire, dans une grande demeure qu’avait bâtie Alfred Leclaire. ( voir : rue Adam, maison Alfred Leclaire) .

Le charme de cette maison réside avant tout dans ses  proportions très élégantes ainsi que dans sa  symétrie. Elle est un parfait exemple de la fantaisie et de l’éclectisme de la fin de la période victorienne ( 1880-1901 )  Sa longue et large galerie devait à l’époque servir à divertir ses occupants..  Ses quatre colonnes ( a )  à chapiteaux ( b ) cornus ne sont pas d’origine bien qu’elles s’intègrent parfaitement. Auparavant cette galerie était soutenue par des poteaux en bois tourné richement œuvrés s’apparentant au style Queen Anne ( 1880-1900).  C’est le Dr. Gatien qui vers 1935 fit réaménager cette galerie en lui apposant ces imposantes colonnes et  une magnifique balustrade qui malheureusement n’existe plus.

La maison  au début du XXe siècle
La maison  au début du XXe siècle, remarquer la galerie avec son décor victorien.
Esquisse publiée vers 1910.
archive A.H.H.M.

Ses lucarnes ( c ) en accolade sont très élaborées et uniques dans Maisonneuve et elles méritent donc toute notre attention. Il faut admirer les jolis festons ( d ) qui les soulignent et les globes qui les coiffent. Chose inhabituelle, le brisis ( e ) de la toiture est uniquement paré de tuile d’ardoise en forme d’écaille de poisson. Ce genre de taille était à l’époque très coûteux et était généralement utilisé avec parcimonie sur une toiture. Le léger avant-corps ( f ) central est coiffé d’une toiture en pavillon surmonté d’une crête faîtière  ornée de fleurons ( g ). De nos jours, ce genre d’élément est trop souvent enlevé plutôt que restauré.

Il faut avouer que cette maison a bien traversé le siècle, espérons qu'elle traverse tout aussi bien celui-ci !

a- Colonne : support vertical constitué d’un fût de section circulaire et généralement d’une base et d’un chapiteau.
b- Chapiteau : partie élargie , généralement la plus décorative qui couronne le fût d’une petite fenêtre percée dans le toit d’un bâtiment.
d- Feston : colonne.
c- Lucarne  ornement représentant une guirlande de fleurs et de feuilles liées en elles.
e- Brisis : versant inférieur d’un toit
f- Avant-corps : partie d’un bâtiment, en avancée sur l’alignement de la façade, correspondant ou non à un corps de bâtiment distinct.
g- Fleuron : ornement en forme de fleurs ou de bouquets de feuilles stylisées; ornement sculpté qui couronne   un galbe, un pignon.