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Louis Léonard 4920
Louis Léonard 4920
 

Maison Louis Léonard : 1901 ?
4920 rue Adam
architecte :  M. Louis Rock Montbriand ?

La chaîne de titres :
12 juillet 1886
Notaire : O. Marin
Vendeurs : R.F.A. Bruyère & J.E.A. Bruyère
Acquéreur : Charles Théodore Viau, manufacturier
Achat de la ferme Bruyère
Prix de la vente : 60 000.00 $
LINTEAU  Paul André  MAISONNEUVE  Comment des promoteurs fabriquent une ville
Boréal Express  1981  p. 280           971.428    L761ma   1981

25 octobre 1901
Notaire :Pierre Arsène Mondoux
Prêteurs : Narcisse Picotte, bourgeois de Montréal
Emprunteur :  : Succession Charles Théodore Viau
La somme de : 45 000.00 $
«La Succession donne en garanti les deux cottages sus érigés et davantage de lots de terre  dans la cité de  Maisonneuve et dans la paroisse de Longue pointe.»

10 août 1904
Notaire : René Leroux
Narcisse Picotte , bourgeois de Montréal
 Succession Charles Théodore Viau

« Il rétrocède à la succession C.T.Viau les cottages et autres. »

31 mars 1911
Notaire : René Leroux
Vendeur : Succession Charles Théodore  Viau
Acquéreur : Louis Léonard, marchand   de Maisonneuve
Achat de la maison
Prix de la vente : 4000.00$

16 mars 1920
Notaire : Joseph Arthur Drouin
Vendeur : Louis Léonard, bourgeois, demeurant à Maisonneuve
Acquéreur : Joseph Aldéric Beaudry, médecin  de  la ville de Granby
Prix de la vente : 9500.00 $

28 novembre 1922
Notaire : René Rivest
Vendeur : Joseph Aldéric Beaudry, médecin  résidant au 32 rue Adam
Acquéreur : Louis Larue, hôtelier , résidant au 444 boulevard . Pie IX
Prix de la vente : 10500.00 $

30 septembre 1926
Notaire : René Rivest
Vendeur : Louis Larue, hôtelier résident au 3444 rue Adam  Montréal
Acquéreur : Napoléon Dufresne, manufacturier, 3456 rue Adam
Prix de la vente : 12 000.00 $

15 mai 1948
Notaire : Georges Beauregard
Vendeur : Napoléon François Xavier Dufresne , St Charles sur Richelieu
Acquéreur : Guy Cousineau, médecin, demeurant au 4920 rue Adam
Prix de la vente : 7000.00 $


 Il est très difficile voire même impossible pour la majorité des passants de savoir à quoi  ressemblait cette maison il y a cent ans; d'ailleurs même la date précise de sa construction est plus où moins certaine . Cependant il est fort probable qu’elle fut bâtie en 1901 en même temps que sa voisine de droite puisque dans la chaîne des titres en date du 25 octobre 1901 , il est stipulé que la succession Viau donne en garantie entre autre ces deux cottages de pierre. C’est probablement à la fin de la construction de l’église St Clément (1899-1901 ) que les héritiers de la succession Viau en auraient profiter pour faire construire ces deux cottages comme  noyau paroissial naissant. Le style de ces deux cottages ressemble beaucoup à l’œuvre de l’architecte M. Louis Montbriland qui fut pendant longtemps l’architecte officiel de la ville de Montréal. 

Nous apercevons au loin l’église St Clément pendant son érectionNous apercevons au loin l’église St Clément pendant son érection. À remarquer les champs aux alentours sans aucunes autres construction .
Photographie prise en 1899 par le studio de photographie :  Laprès & Lavergne  360 rue St Denis.
Archives : BNQ

Charles Théodore Viau obtint du tout nouvel archevêque  de Montréal ; Mgr. Paul Bruchési (  1855- 1897-1939 ) la création de la  nouvelle paroisse de Saint Clément . « Il se montre particulièrement généreux. Il donne 100 000 pi.ca. de terrain pour l’érection de l’église et des écoles. Pour assurer la construction de l’église il donne 5000.00$  et s’engage  à prêter la même somme sans intérêt pendant dix ans et avec intérêt de 1 à 4%  après cette date. Il s’engage en outre à fournir le logement du curé pendant cinq ans et à payer 800.00$  par année pour le maintien du curé.»(1)   Cette maison servit  à loger pendant les premières années le curé Louis Avila Dubuc  jusqu en 1906 .

Bien qu'une légende urbaine circule sur le fait que pendant la construction de l’église le curé célébrait la messe sous une tente et en plein air, ce ne fut certainement pas la cas. Le droit canonique   de l’Église catholique romaine étant  formel : «tout service religieux ne peuvent qu’êtres célébrés que dans un lieu consacré à cette fin ( oratoire, chapelle, église ) .  Il faut aussi savoir qu’en 1899 il n’y avait pas vingt  familles qui résidaient dans la paroisse. Non seulement il n'y avait que quatre maisons de construites sur la rue Théodore et quelques une sur la rue Notre Dame mais en plus certaines de ces familles étaient protestantes et anglicanes . Ainsi  les quelques paroissiens catholiques du quartier ont dû tout simplement, pendant la construction de l'église, utiliser la chapelle du Très Saint Nom de Jésus située non loin sur la rue de Lasalle.

L’église Saint Clément lors de son érection
L’église Saint Clément lors de son érection.

Photographie prise en 1899 par le studio de photographie :  Laprès & Lavergne  360 rue St Denis.
Archives : BNQ

Il était également inhabituel pour une paroisse naissante que de construire immédiatement l’église paroissiale. Généralement quand une partie du territoire se détachait pour devenir une paroisse distincte , les paroissiens construisaient une petite chapelle temporaire. Quand les fonds amassés étaient  suffisants, on commençait par construire le soubassement qui servait de lieu de culte. Par la suite , dépendant de la générosité des paroissiens on élevait  l’église parfois sans clocher ni décoration intérieure; l'orgue, les vitraux et autres venaient par la suite parachever l'oeuvre.

En 1910 la veuve Viau se départit de sa somptueuse propriété : Beaurivage située sur la rue Notre Dame,   ainsi que des terrains non vendus dans le secteur de  Viauville et  de Longue Pointe .  L’année suivante elle vendit cette maison-ci  au marchand Louis Léonard qui l’habita jusqu’en 1920.

En regardant la chaîne de titres nous  voyons apparaître les noms de Louis Larue & Napoléon F.X. Dufresne. Il est intéressant de savoir  que ces deux individus étaient voisins sur le boulevard Pie IX  . Le tavernier Louis Larue avait jadis acquis la belle propriété de Oscar Dufresne et le manufacturier de chaussure Napoléon Dufresne, quant à lui, s’était fait construire un véritable château sur ce boulevard au sud de la rue Ontario. Quelques années plus tard, ils se retrouvèrent à nouveau voisins sur la rue Adam . Napoléon Dufresne avait acquis en 1921 la maison Joseph Trudel (voir : catalogue, rue Adam maison Jos. Trudel ) et Louis Larue fit l’acquisition de cette maison en 1922.  Ils ne restèrent pas longtemps voisins puisque ce dernier  revendit cette maison à Napoléon Dufresne en 1926 .

C’est en 1944 que le Dr. Guy Cousineau loua cette maison comme résidence et y emménagea son cabinet de médecin au rez-de-chaussée. Il acheta finalement la maison en 1948 et procéda à de multiples changements, parmi lesquels l'aménagement d'un autre cabinet à l’étage ainsi que la démolition du grand escalier intérieur. Il fit construire du côté ouest de la maison un escalier et une galerie  pour accéder  à l’étage par la porte avant .  

Nous apercevons au centre la maison transformée en clinique médicaleNous apercevons au centre la maison transformée en clinique médicale. La galerie fut transformée en solarium. À gauche nous apercevons le cottage identique  à celui-ci et à droite une partie de la Caisse Populaire St Clément de Viauville.
Photo/microfiche publiée en 1948 dans le cadre du jubilé du 50e anniversaire de la paroisse
Archive : BNQ

Cette maison étant à l'origine identique à celle d'à côté, je ne vais pas vous la décrire (Voir catalogue : rue Adam maison Viau ), en revanche je vais m'attarder sur les changements importants survenus ultérieurement. Mais la première chose qui saute aux yeux, c'est que ces changements n'ont en rien altéré la façade de la maison qui reste malgré tout très élégante.

Le travail des maçons  est exceptionnel : ils ont dû en effet retirer la brique qui était derrière la galerie et la remplacer par une pierre identique sans que cela ne se voit. Le remplacement de la toiture victorienne par une toiture  en cuivre  de même proportion est aussi fort judicieux puisque qu’elle respecte les proportions de la façade. Il faut souligner que la grandeur des ouvertures a été respectée, contribuant ainsi à l'harmonie de l'ensemble. La belle porte d’entrée en bois sertie de verre gravé et biseauté, bien qu’elle soit ancienne, n’est pas d’origine mais elle aussi s’harmonise parfaitement au tout. Finalement la marquise ( a ) de fer qui surplombe l’entrée et qui la protège des intempéries est discrète et élégante.

Ces travaux ont probablement été supervisés par un ou des architectes car même s’il est dommage que cette belle victorienne soit méconnaissable il reste qu’elle  est  encore attrayante. Il suffisait de peu pour qu’elle devienne un véritable laideron mais ce ne fut heureusement pas le cas.

a-Marquise : auvent généralement vitré au-dessus d’une entrée, d’un perron.