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Vitalien E. Brien 4908
Vitalien E. Brien 4908
 

Maison : Vitalien E. Brien 1902
4908 rue Adam

La chaîne des titres :

21 octobre 1901
Notaire : Valmore Lamarche
Vendeur : Succession Charles T. Viau
Acquéreurs : Joseph Laurence & Arsène Robitaille, tous deux marchands de bois de la ville de Montréal.
Achat de trois lots de terre avec une maison qu’ils construisent actuellement.
Prix de la vente : 1 275,00$

27 janvier 1902
Notaire:  William Henry Odge
Vendeurs : Joseph Laurence & Arsène Robitaille
Acquéreur : Vitalien Edmond Brien, épicier
Prix de la vente : 1 550,00$

21 août 1902
Permis est accordé à V.E. Brien de bâtir sur ces lots de terre

07 septembre 1916
Vente par le shérif de Montréal
Vendeur : Vitalien Edmond Brien, épicier
Acquéreur : Eugène Bleau ,senior , boucher
Prix de la vente : 12 075,00$

21 mai 1921
Décès de Eugène Bleau

10 octobre 1944
Notaire : Oscar Larose
Vendeurs : George Bleau, journalier
                    Albert Bleau, commis boucher
                    Alfred Wilbrod Bleau, commis boucher
                    Bernadette Bleau, épouse de Rosaire Lebrun
                    Marcelle Chartrand, épouse de Henri Bleau, machiniste
                    Laure Bleau, épouse de Lucien Martin
                    Eugène Lebrun, comptable
                    Rolande Lebrun
                    Bérengère Lebrun, épouse de Émile Dupont, horloger bijoutier
Acquéreur : Joseph Houle, garde moteur, résidant au 1448 rue St Clément
Prix de la vente : 6 005,00$

14 juin 1946
Notaire : Elwin Legault
Vendeur : Joseph Houle, garde moteur, résidant au 4908 rue Adam
Acquéreur : Caisse Populaire St Clément de Viauville  4908 rue Adam
Prix de la Vente : 25 000,00$


Il est peut-être très surprenant, pour vous, de voir cette maison faisant partie des maisons anciennes tellement son allure actuelle ressemble à une construction de la période moderne (1935-1975). Il faut avouer qu’elle s’est beaucoup transformée au fil des ans et  que son aspect d’antan  est plutôt difficile à reconnaître.  Pourtant cette maison est l’une des plus anciennes de Viauville.

Mais revenons sur  la chaîne des titres. Nous remarquons  que le nom de la famille Bleau revient fréquemment. Cette famille était l’une des plus anciennes du village d’Hochelaga.  Nous retrouvons déjà, en 1875,  l’ancêtre Toussaint Bleau dont la propriété occupait un vaste terrain, aujourd’hui délimité par les rues Pie IX, Desjardins, Ste Catherine et Notre Dame. C’est son fils Tréflé qui s’est le plus illustré en étant conseiller municipal et maire de Maisonneuve à trois reprises de : 1896-1897, 1901-1905, 1907-1909.  Les trois  frères, Tréflé, Eugène et Arcène  étaient bouchers tout comme leur père. Ils avaient leur échoppe l’un à côté de l’autre sur la rue Notre Dame; à croire que la compétition ne leur faisait pas peur! Pour en savoir davantage sur la famille Bleau je vous invite à regarder : (catalogue, rue Adam &rue  Viau, maison Tréflé Bleau )

Quant à messieurs  Joseph Laurence & Arsène Robitaille, ils étaient commerçants de bois de construction. Leur place d’affaire était très bien située au  très chic  Carré Viger, à l’angle sud/ouest des rues St Denis et St Antoine. La cour à bois, elle, se situait non loin de là,  dans le faubourg des Récollets  à l’angle des rues William et Richmond. Ils avaient probablement l’intention,  en faisant l’acquisition de ces terrains très biens situés,  de bâtir eux-mêmes, puisqu’ils avaient déjà construit quelques maisons dans le quartier. Il était  fréquent  que des marchands de bois construisent des résidences car la matière première était, pour eux, disponible en grande quantité et à meilleur prix.  Pour une raison qui m’est  inconnue, ils se départirent  de leurs terrains l’année suivante sans avoir fait aucune construction.

L’épicier Vitalien Edmond Brien dont le magasin était situé à l’angle sud/est des rues Ontario et St Hubert, habitait  un petit logement à l’étage de son commerce, comme plusieurs commerçants de l’époque. Il fit construire, en 1902, cette splendide demeure qui  était à l’époque l’une des plus somptueuses de Maisonneuve. Elle était construite non pas sur un, mais  sur trois terrains  et les deux côtés faisant face aux rues Adam & St-Clément étaient parfaitement symétriques. Cette maison était un  rare exemple du style « victorien d’inspiration  franco-écossaise ». Comme plusieurs autres  ce style   prit naissance en Angleterre à la fin de la période victorienne (1865-1900 ) .  « Ce style éclectique fut remodelé par l’architecte Sir Charles Barry entre les années  1844-1850 , il s’inspire à la fois de l’architecture des demeures des barons écossais, dite « Scottish Baronial » et  de la première renaissance française, période au cours de laquelle ont été érigés les  plus célèbres châteaux de la Loire , dont Azay-le-Rideau, Chambord et Chenonceaux. Ces deux sources d’inspiration ont plusieurs éléments en commun au chapitre des formes, toutes deux s’inscrivant au début de la Renaissance. Au cours de cette période, les tours et les tourelles en poivrière, les hauts toits à pentes fortes les mâchicoulis, les créneaux, tous des éléments du vocabulaire des premières années de la Renaissance, se retrouvent autant chez les barons écossais que chez les rois de France. La maison victorienne d’inspiration franco-écossaise est un véritable tourbillon de formes irrégulières : les tours, les pavillons carrés, les corniches crénelées se battent pour occuper la  première place sur la façade de la maison.  ce style a surtout été employé dans l’architecture domestique bourgeoise. » (1)

Carte postale privée de V.E. Brien estampillée le 18 mars 1911
Carte postale privée de V.E. Brien estampillée le 18 mars 1911

L.Ad. Morisette photographe, 22 Notre Dame est Montréal

Cette photographie fut prise entre les années 1904-1910
Archive : BNQ 

Les deux façades furent entièrement lambrissées de pierre calcaire grise ce qui encore de nos jours est une exception même dans Viauville.  Admirez les arches au dessus des fenêtres de l’étage qui sont garnies de damier de pierre polychrome, ainsi que les saillis  situés aux angles qui  donnent un effet moyenâgeux  à la maison .  L’un des éléments les plus remarquables est sans nul doute l’imposante tour d’angle surmontée d’une tourelle en encorbellement . La  splendide corniche était, j’en suis sûre, la plus élaborée de tout Maisonneuve. Cette corniche présente en effet tous les éléments décoratif du début de la Renaissance, à savoir : mâchicoulis ( a ),  créneaux  et merlons  ( b ) , meurtrière ( c ) échauguette ( d ) bretèche ( e )  et  pinacle ( f ). Elle a d’ailleurs une certaine similitude avec celle de l’édifice Tessier  de l’architecte Alphonse Rasa  ( 1846-1903 ) construite en 1895 et située au 1309-1317 de la rue Ste Catherine est à Montréal.  La longue galerie qui ceinture la maison  était soutenue par d’innombrables colonnettes en bois.  J’attire votre attention sur la clôture entourant la propriété, ce travail de menuiserie n’a rien à envier à celui élaboré que l’on retrouve dans le chœur d’une cathédrale !

Quand en 1944,  Joseph Houle acheta cette maison de la succession de la famille Bleau il fit une très bonne affaire puisqu’il  ne la paya que  la ridicule somme de 6 005,00$  et  la revendit, moins de deux ans plus tard, 25 000,00$.

C’est le 10 octobre 1944 que  la Caisse Populaire St Clément de Viauville vit le jour. Elle fit l’acquisition de cette  maison en 1946 pour y loger sa succursale. Pour ce faire, elle entreprit de grands changements à l’intérieur. Premièrement elle divisa  le rez-de-chaussée en deux et  elle en loua une partie à la clinique Médicale de  Maisonneuve. L’étage fut converti en logements  et  la partie arrière donnant sur la rue St Clément fut elle aussi transformée en deux logements.. Voici une photographie   malheureusement prise à contre-jour  nous montrant la maison dépourvue de sa corniche. Je ne sais pas quelle raison justifia que l’on supprime cette élément architectural mais force est d’avouer que ce fut une décision malheureuse. Son aspect extérieur ne fut pas totalement  changé d’un coup ; c’est à partir du début des années 1950 que la modernisation fut malheureusement entreprise.

Publication de 1948 pour la commémoration  du 50e anniversaire de la paroisse
Publication de 1948 pour la commémoration  du 50e anniversaire de la paroisse
. Archive : BNQ   microfiche

J’attire votre attention sur la pierre rectangulaire placée sur le trottoir, elle aidait les gens à monter et à descendre plus facilement et plus élégamment de la voiture à chevaux.   Ce genre de pierre, ayant perdu de son utilité avec les voitures modernes et nuisant au déneigement durant l’hiver, a été retiré des trottoirs.

Sous ce crépi se trouve encore le parement de pierre d’origine. Les ouvertures des fenêtres ont été conservées et nous pouvons encore voir les différentes saillies originales. La longue galerie a  disparu depuis longtemps. Malheureusement, cette maison a définitivement perdu son aspect victorien et on ne pourra plus jamais faire marche arrière pour lui redonner son apparence d’antan.

Mâchicoulis : Parapet crénelé reposant sur des consoles. Par vide ménagé entre les consoles on établissait le tir plongeant. On les rencontre au sommet des courtines et des tours.

Crénelage :  Cette disposition défensive consiste en échancrures : créneaux séparés par des petits murs, « merlons»

Meurtrière : Rainures entaillées dans les courtines et les tours. A partir du XIVe siècle , on leur donna la forme en croix pour le tir à l’arbalète dans toute les directions.

Échauguettes :Petit pavillons qui occupent les angles des tours.

Bretèche : Logettes en saillie au-dessus des portes ou point faibles.

Pinacle : Petit édicule à base prismatique terminés par une mince pyramide coiffant les arcs-boutants.

DEMEURES BOURGEOISES DE MONTRÉAL
RÉMILLARD François  MERRETT Brian
édition du Méridien  1986  page 36