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Philias Léonard 4797
Philias Léonard 4797
 

Maison Philias Léonard 1912
4797 rue Adam

Chaînage des titres :

05 décembre 1906
Notaire : René Leroux
Vendeur : succession Charles Théodore Viau
Acquéreur : Olivier Graton, épicier
Achat de deux lots de terre

04 juillet 1907
Notaire Camille Paquet
Vendeur : Olivier Graton, épicier
Acquéreur : Trefflé Bleau, commerçant résidant à Viauville
Achat de deux lots de terre

12 octobre 1909
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : Trefflé Bleau,  maître boucher
Acquéreur : Walter Reed,  membre du parlement provincial résidant à L’Assomption
Achat de deux lots de terre
Prix de la vente :$2000.00

28 juin 1911
Notaire : ?
Vendeur : Walter Reed
Acquéreurs : Alain Armand & Bruno Collet, tous deux menuisiers
Achat de deux lots de terre

24 avril 1912
Notaire : Camille Paquet
Vendeurs : Alain Armand & Bruno Collet, tous deux menuisiers
Acquéreur : Philias Léonard, cultivateur de la paroisse de St-Léonard de Pont-Maurice
Achat de deux lots de terre
Prix de la vente : $4500.00

27 juillet 1931
Notaire : Christophe A. Lamimodière
Vendeur : Dr. Agustin J. Aubin
Acquéreur : Edmond Lepage in trust, courtier d’immeuble
Achat de deux lots de terre avec maisons

31 août 1931
Notaire : Joseph Émile Lachapelle
Vendeur : Edmond Lepage in trust
Acquéreur: Aimé Sénécal,  marchand de glace  résidant au 3430 rue Adam Montréal
Achat de deux maisons adresses 4797 rue Adam & 1606-1610 rue  Théodore
Prix de la vente : 22.000.00

 

Longtemps cette majestueuse demeure a été attribuée à Trefflé Bleau, nombres d’ouvrages  parlant de Maisonneuve et de Viauville nous la mentionnent.  Lors de mes recherches, ma surprise fut de constater que Trefflé Bleau n’a possédé que les terrains pendant seulement deux ans. La méprise de mes prédécesseurs vient  sûrement du fait que c’est la maison voisine qui lui appartenait et non celle-ci.

Il est fort possible que ce soit messieurs Alain Armand & Bruno Collet qui aient bâti cette maison. Tous deux étaient menuisiers, et selon les dates d’achat & de vente cela correspondrait à son érection, mais je ne peux que l’affirmer sous toutes réserves. Ce qui est certain, c’est que Philias Léonard en fut le premier propriétaire.

Voici un extrait d’un acte notarié de Philias Léonard et de ses parents  daté du 24 décembre 1913 passé dans l’étude du  Notaire Camille Perrault. «  Philias Léonard, s’engage par la présente à garder, nourrir à sa table, loger dans  une chambre meublée et chauffée convenablement durant  les froides saisons, avoir droit d’aller et venir dans toute la maison et dépendances jusqu’à leur décès de leur payer annuellement à savoir : à la dite Dame Catherine Pépin, la somme de $40.00 et la somme de $30,00 au dit Sieur Louis Léonard. Le premier paiement de ses deux sommes sera dû et échu le 20 septembre 1914 et ainsi continué d’année en année comme sus dit. De plus le dit Philias Léonard s’engage à aller chercher le prêtre et le médecin chaque fois que le besoin sera à la demande des dits Louis Léonard Père & Dame Catherine Pépin, payer les frais du médecin, remède etc. Prendre soin de ces derniers en cas de maladie et de se conduire en bon fils, de les faire inhumer chacun d’eux après leur décès, à faire chanter un service du coût de $60.00 avec service anniversaire de seconde classe, vingt cinq messes basse de requiem dans les trois mois qui suivront  leur décès. Pour assurer et garantir l’exécution de toutes les obligations ci-dessus stipulées et le paiement des sommes ci-dessus. Le dit Philias Léonard affecte en faveur du dit Sieur Louis Léonard et de la dite Dame Catherine Pépin l’immeuble suivant : deux lots de terre à Viauville connu et désignés sous les numéraux (1a-869 & 870) des plans et livres officiel de Village d’Hochelaga. Avec bâtisses dessus construites. Les dits Louis Léonard et son épouse Catherine Pépin qui ont déclarés ne savoir signer en présence de leur fils Louis Léonard Jr. Bourgeois de Maisonneuve témoin qui à signé ».

À lire ce document, fort est d’admettre  que ses parents n’avaient pas tellement confiance en leur fils : passer chez le notaire pour des choses si évidentes qu’un fils aimable peut faire envers ses parents!

Ce qui nous surprend en premier lieu avec cette maison, c’est sa belle galerie parcourant les deux côtés principaux. Ornées d’une  balustrade (a), de colonnes à chapiteaux  cornus et surmontée d’un fronton (b) face à l’entrée, cette galerie en elle-même porte toute l’élégance de la demeure.

La symétrie de la maison n’est pas sans intérêt non plus, quand  nous admirons cette demeure du coin opposé de la rue, (voir photo)  nous apercevons deux avancées sur chaque côté qui rythment les façades. Ces avancées se profilent au delà de la toiture pour se terminer par des parapets (c) à motif chantourné en métal ouvragé, décorés en leur centre d’un éventail en rond de bosse surmonté d’une clef de voûte proéminente. Jadis ces parapets se profilaient dans le ciel par de hauts mats de deux mètres de long. 

Le brisis (d) recouvert d’ardoise est rarissime et ce pour deux raisons : premièrement parce que son utilisation à cette période est rarissime. Dans tout les quartiers de Montréal, comme à Maisonneuve, les dernières maisons à se construire avec un toit fausse mansarde (e) recouvert d’ardoise se font vers 1905 (fin de la période Victorienne 1865-1901).  Bien entendu cette toiture n’a rien à avoir avec les toitures des styles Victorien et Second Empire mais elle s’en inspire beaucoup. Deuxièmement parce que le brisis de la toiture est entrecoupé de quatre avancées, ce qui est très singulier, en revanche qu’elle soit soutenue par une corniche (f) de bois agrémentée de consoles (g) n’est pas étrange à cette période.

Nul n’est besoin de vous faire remarquer que cette maison se termine par un pavillon à l’angle principal lui aussi recouvert d’ardoise. Jadis lui aussi se terminait par un long mât.

Une très belle crête faîtière (h)  en fonte de fer ornée de fleurons  couronne la toiture, c’est l’un des rares exemples qui nous reste dans le quartier.

Pour clôturer la propriété, un petit muret de pierre surmonté d’un grillage de fer forgé,  entrecoupé de dés, surmonté de globe, ceinture le tout.

Quand nous regardons quelques photographies d’archive de cette résidence, nous devons convenir qu’elle a peu changé et qu’elle a très bien passé les années, sûrement gràce à un très bon entretien de tous ses propriétaires qui l’ont chérie.

 

a- Balustrade : rangée de balustres portant une table d’appui; toute clôture à hauteur d’appui et à jours.
b- Fronton : couronnement d’un édifice ou d’en partie d’édifice consistant en deux éléments de corniche
                obliques, ou d’une corniche courbe, se raccordant à la corniche de l’entablement.
c- Parapet : mur plein à hauteur d’appui, formant garde-fou.
d- Brisis : versant inférieur d’un toit
e- Mansarde : comble brisé à quatre pans.
f- Corniche : partie saillante qui couronne un édifice; par extension ornement en saillie d’un meuble d’un
     plafond.
g- Console : organe en saillie sur un mur destiné à porté une charge (réelle ou figurée)

h-