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Maison Lanthier 4301-4323
Maison Lanthier 4301-4323
 

Maisons  Lanthier 1903
4301- 4323 rue Ontario
Entrepreneur en construction : Alphonse Beauchamp ?

La chaîne des titres :

16 octobre 1873
Notaire : Archambeault
Vendeur : Dame Henriette Gaudry dite Bourbonnière, veuve de Charles,
Acquéreur : Charles Henri Letourneux et autres
Achat de la ferme

06 février 1874
Notaire : A. Archambeault
Vendeur : G. Deschamps, marchand.
Acquéreur : Jean Théophile . Letourneux
Vente de  1/5 de sa part  des lots

03 mars 1874
Notaire : A. Archambeault
Vendeur : Michael Boyce, marchand, résidant au 345 ½ rue Ste Catherine est
Acquéreur : C.H. Letourneux,  marchand, résidant Côte St Antoine
Vente de 1/5 de sa part des lots

02 août 1879
Notaire : L.C. Bourgeois
Vendeur : Olivier Lecours, marchand, résidant au 38 rue St Constant
Acquéreur : C.H. Letourneux,  marchand, résidant Côte St Antoine
Vente de 1/5 de sa part des lots

30 avril 1884
Notaire : C.E. Leclerc
Vendeur : Henri Girard, marchand, résidant au 186 rue St Denis
Acquéreur : C.H. Letourneux,  marchand, résidant  coteau St Pierre
Vente de 1/5 de sa part des lots

02 février 1884
Notaire : C.E. Leclerc
Vendeur : Jean T. Letourneux,  marchand, résidant sur le coteau St Pierre
Acquéreur : C.H. Letourneux, marchand, résidant sur le coteau St Pierre
Vente de 1/5 de sa part des lots

16 mai 1902
Notaire : Louis Barthelémi Houlé
Vendeur : Charles Henri Letourneux
Acquéreur : François Xavier Raoul Lanthier, manufacturier de chaussures,  résidant  au 75  rue Ontario  (KINGSBURY  FOOTWEAR 679  rue de LaSalle Maisonneuve)
Achat de trois lots de terre sans bâtiment

17 mai 1902
Notaire : Louis Barthelémi Houlé
Vendeur : Charles Henri Letourneux
Acquéreur : François Xavier Raoul Lanthier, manufacturier de chaussures,  résidant au 77 rue Ontario (KINGSBURY  FOOTWEAR  679 rue  de LaSalle Maisonneuve)
Achat des  trois autres  lots de terre voisins sans bâtiment

28 mars 1903
 Plan d’arpentage des lots 1323, 1324, 1325, 1326,1327 et 1328 de la subdivision # 8
Archive:  BaNQ CA601, S91, SSI, D10

11 mai 1906
Notaire : Louis Barthelémi Houlé
Prêteur : CRÉDIT FONCIER FRANC CANADIEN, représenté par son président directeur : Marcial Chevalier, résidant au Hampton court # 355 Mountain ave.
Emprunteur : Édouard Henri Lanthier, manufacturier de chaussures,
 résidant au 420 Pie IX
La somme de : 5000,00$
Donne en garantie trois maisons 519, 521,523 & 525 rue Ontario et deux maisons situées au 677- 687 rue Letourneux 

11 mai 1906
Notaire : Louis Barthelémi Houlé
Prêteur : CRÉDIT FONCIER FRANC CANADIEN, représenté par son président directeur : Marcial Chevalier, résidant au  Hampton court # 355 Mountain ave.
Emprunteur : François Xavier Raoul Lanthier, manufacturier de chaussures,
résidant au 450 Pie IX
La somme de : 5000,00$
Donne en garantie trois maisons 509, 511, 513,515 & 517 rue Ontario et deux maisons situées au 653 - 663 rue Letourneux 

05 juin 1910
Notaire : Louis Barthelémi Houlé
Vendeur : Édouard Henri Lanthier, manufacturier de chaussures, résidant au 420  Pie IX
Acquéreur : François Xavier Raoul Lanthier, manufacturier de chaussures, résidant au 450 Pie IX
Achat de la moitié indivise de la maison 
Prix de la vente : 1,00$

04 juillet 1912
Notaire : Louis Barthelémi Houlé
Vendeur : François Xavier Raoul Lanthier, manufacturier de chaussures
Acquéreurs : Honorable William Mitchell, sénateur, résidant à Drummondville
            Walter G. Mitchell, avocat, résidant au 768 côte Ste Catherine Outremont
Achat des six maisons adresses  509 à 525 rue Ontario angle nord/est de  Letourneux
Prix de la vente : 25 000,00$


Il semblerait que ce soit François Lanthier (1790- 18--?)  qui  fonda la  cordonnerie KINGSBURY FOOTWEAR. Il avait épousé quelques années auparavant une demoiselle Mary Ann Kingsbury.  Son petit-fils,  Édouard Henri Lanthier (1851-1927)  s’était associé à Napoléon Dufresne pour agrandir la manufacture qui était située auparavant  sur la rue St-Antoine, à l’angle de la rue Montcalm. Ce sont  eux qui prirent la décision de faire construire en 1900  la nouvelle manufacture de chaussures  sur la rue de LaSalle entre les rues Ontario et Rouen.  Par la suite, c’est  François Xavier Raoul  Lanthier (11 mai 1876- 23 août 1936) qui succéda à son père comme directeur général de la manufacture.

La manufacture Kingsburry Footwear rue de LaSalle, Maisonneuve
La manufacture Kingsburry Footwear rue de LaSalle, Maisonneuve.
Photographe Harry Richards  1910
archive A.H.H.M.

En 1900, aussitôt la manufacture achevée, la famille Lanthier vint s’établir dans Maisonneuve. Elle était  l’une des familles les  plus respectables de la ville. Contrairement  aux membres de la famille Dufresne, ceux de la famille  Lanthier  n’exhibaient pas leur fortune  dans la construction de maisons fastueuses, bien au contraire. Dès qu’ils arrivèrent  à Maisonneuve, ils louèrent deux logements contigus que venait de faire construire Napoléon Massy sur la rue Ontario tout près de leur manufacture. Le 18 mars 1904, F.X. Raoul acquiert une  maison sur la rue Pie IX  d’un autre dirigeant de manufacture de chaussures : Ralph Locke (voir catalogue, rue Pie IX, maison Ralph Locke). Une semaine plus tard, soit le 26 mars 1904, c’est au tour de  son père Édouard Henri d’acquérir lui aussi une maison de trois logements  sur la même rue (voir catalogue, rue Pie IX, maison Henri Foreman).  On pourrait dire que le père et le fils étaient très liés l’un à l’autre : en plus de travailler ensemble, de vivre l’un à côté de l’autre, ils investissaient dans les mêmes projets.  À ma connaissance, ce sont les premières maisons  qu’ils firent construire  en partenariat mais ils ne s’arrêtèrent pas là, puisqu’ils   firent bâtir plus d’une dizaine de maisons dans ce secteur de la ville.  

Avant de vous parler de cette maison, j’attire votre attention sur la chaîne des titres. Nous voyons qu’en 1912 François Xavier vendit cette rangée de maisons à deux éminents membres d’une famille, elle aussi  très en vue, celle des Mitchell.

William Mitchell (1851-1926) était un très important marchand de bois de la région des bois francs. Il avait également  des intérêts dans les assurances, les banques et le chemin de fer. Il fut nommé  membre du Sénat à Ottawa. Son fils Walter George (1877-1935) fut un brillant avocat mais c’est en tant que ministre des finances dans le gouvernement de Lomer Gouin  qu’il s’illustra. À partir du 8 mars 1918,  il cumule les postes de  trésorier provincial et de ministre des affaires municipales dont il est le premier titulaire. Son premier dossier à régler est alors la situation financière alarmante de Montréal et de sa banlieue. (1)
Lors de la construction de cette maison, en 1902, ce secteur de la ville était en pleine ébullition. On voyait  surgir de terre  nombre de manufactures et davantage de maisons. Ce n’est donc pas un hasard si les Lanthier, père et fils, firent construire toutes ces maisons ; en effet les ouvriers de plus en plus nombreux emménagèrent avec leur famille, sur le territoire de Maisonneuve  préférant  se loger  près du lieu de leur travail. Les locaux commerciaux étaient aussi  très en demande  puisque de nombreux petits commerçants emménageaient, eux aussi dans Maisonneuve,  cherchant l’endroit propice à  une nouvelle clientèle.
Cette rangée de trois maisons n’est pas sans rappeler celle construite en 1903 à l’angle des rues Ste Catherine et Letourneux (voir catalogue, rue Ste Catherine, maison Alex Dupuis). Il est fort probable que l’angle tronqué   était, à l’origine  lui aussi, coiffé  d’un pavillon pyramidal surmonté  d’un long mat et que la corniche était,  elle aussi, enjolivée de puises (a)  qui séparaient les maisons.
Fait étonnant, ces maisons  ne sont  pas construites  avec une structure de bois  comme ordinairement mais  avec trois rangs de brique d’argile. Cette façon de faire empêchait le feu de se propager rapidement, en cas d’incendie. A l’origine, la brique qui était apparente était des plus communes, sans artifice, seul un détail de denticule (b) enjolivait le haut du mur de l’angle.

L’épicerie David en 1905 à l’angle nord / est des rues Ontario et Letourneux.
L’épicerie David en 1905 à l’angle nord / est des rues Ontario et Letourneux
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Dessin propriété de Pierre G. de la Cathédrale

Il est tout à fait  étonnant aussi  de constater  que ces maisons n’ont pas de balcons donnant sur les rues, et que la longue galerie arrière donnait, elle, sur les hangars. Il n’y avait aucune possibilité pour les occupants de prendre un peu d’air frais pendant les chaleurs estivales. Seules les fenêtres doubles à venteaux  se paraient de volets qui servaient pour la ventilation des appartements et permettaient de conserver la fraîcheur à l’intérieur. La présence de ces volets à l’extérieur rythmait et enjolivait également les travées entre les fenêtres qui étaient surmontées de  larges linteaux (c) de bois. Finalement  une très simple corniche de tôle à motif de modillon (d) couronnait l’ensemble.

Certaines personnes se rappellent sûrement ce à quoi ressemblait cette maison il y a encore peu de temps. Les murs étaient lambrissés de haut en bas, ainsi que  la corniche,  d’une affreuse tôle ondulée de couleur brun foncé. Tout le bâtiment ressemblait davantage à un hangar qu’à une maison. Heureusement sa rénovation nous a permis de la revoir à nouveau presque dans son état d’origine. 

  1. Généalogie du Québec et de l’Acadie

a- Puise : mot féminin, ornement  décoratif en forment de flèche, vase, bulbe, bouteille, etc.  se trouvant au-dessus de la corniche. Aussi appelée « Puise  d’énergie ».

b- Denticule : ornement décoratif en forme de dent que l’on retrouve généralement dans la corniche

c- Linteau : pièce horizontale fermant la partie supérieur d’une porte, d’une fenêtre et soutenant la maçonnerie.

d- Modillon : ornement en forme de console renversée placée sous la saillie d’une corniche; ornement saillant répété de proche en proche sous la corniche, comme s’il la soutenait.