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Hôtel Dompierre 4237-4239
Hôtel Dompierre 4237-4239
 

Hôtel Dompierre 1901
4237-4239 rue Ontario
Entrepreneur en construction : Napoléon Massy

La Chaîne des titres :

28 décembre 1888
Notaire : O. Marin
Vendeur : Charles Henri Letourneux, marchand de Montréal
Acquéreur : Gustave Fabre, marchand & importateur, résidant au 27 rue Berri
Achat de lots de terre en culture

22 février 1896
Notaire : ?
Vendeur : Gustave Fabre, marchand & importateur
Acquéreur : Dame Oda Leroux, épouse de Victor Girouard, tailleur, résidant au 375 St Denis
Achat d’un lot de terre situé à l’angle des rues  de LaSalle et Ontario

12 avril 1897
Notaire : Alphonse Clovis Decary
Vendeur : Dame Oda Leroux, épouse de Victor Girouard, tailleur, résidant au 375 St Denis
Acquéreur : Napoléon Massy, entrepreneur, résidant au 692 rue Notre Dame, Maisonneuve
Achat d’un lot de terre situé à l’angle des rues de  LaSalle et Ontario

21 0ctobre 1897
Honorable Juge Mathieu
Dame Philomène Dompierre   vs   Napoléon Massy
Demande à la cour de la séparation des biens. Mr. Napoléon Massy ne s’étant pas présenté à la cour, la demanderesse à gain de cause.

24 janvier 1898
Notaire : Alphonse Clovis Decary
Napoléon Massy, entrepreneur en construction, résidant au 692 Notre Dame à Maisonneuve
Dame Philomène Dompierre, épouse de Napoléon Massy, résidant au 694 Notre Dame
Séparation des biens entre les époux
Lot 15-1 angle sud/est des rues Notre Dame et Pie IX avec maison
Lot  de terre angle nord/ouest des rues Ontario et de LaSalle

25 octobre 1901
Permis est accordé à Napoléon Massy de construire

16 février 1914
Notaire : Alphonse Archambeault
Locateur : Dame Philomène Dompierre, veuve de feu Napoléon Massy, résidant au 235 rue Delisle
Locataire : Clément Dequoy, hôtelier,  résidant au 488 rue de LaSalle angle Ontario
Bail de cinq ans pour la somme de 5 700,00$

13 juin 1927
Notaire : René Rivest
Vendeur : succession de feu Dame Philomène Massy née Dompierre,
Dame Aglaé Dompierre, épouse de Victor Cartier, constable, tous deux résidant à
Montréal
Wilfrid Dompierre, assistant surintendant, résidant à Montréal
Joseph Dompierre, bourgeois, résidant à Chicopée, Massachusetts
Dame Colombia Dompierre, épouse de Armand Larue, tous deux résidant à St Albans,
Vermont
Henry Lépine, bourgeois, résidant à Flint  Michigan
Léon Lépine, bourgeois, résidant à Flint Michigan
Dame Marie Lépine, épouse de Philip R. Jean, voyageur de commerce, tous deux résidant
à Flint Michigan
Dame Véronica Lépine, épouse de Bernard P. Donely, bourgeois, tous deux résidant à
Flint Michigan
Joseph Lépine, entrepreneur, résidant à San Francisco Californie
Dame Jean Dompierre, épouse de Marvin R. Baily, mécanicien, tous deux résidant à Bay
City Michigan
Réné Garron, journalier, résidant à Montréal
Dame Élisabeth Garron, épouse Arthur Roy, cigarier,  tous deux résidant à Manchester
New Hampshire
Acquéreur : Louis Larue, tavernier, résidant au  3444 rue Adam angle sud/est  rue St Clément
Achat de trois maisons  2683-2685, 2687- 2689, 2691 rue Ontario & 2006-2012 de LaSalle
Prix de la vente : 41 600,00$


Napoléon Massy et son épouse  Philomène Dompierre, pour le moins qu’on puisse dire, ne formaient  pas un couple des plus harmonieux. Nous voyons qu’en 1897 Mme Dompierre demande à l’honorable juge Mathieu de la cour Supérieure, la séparation légale des  biens des deux époux. Son mari, Napoléon Massy   ne daigne même pas se présenter au palais de justice. Le couple  habitait en ce temps-là à l’angle sud/est des rues Notre Dame & Pie IX dans une maison/hôtel qui ressemblait étrangement à celui-ci. Déjà à cette époque, ils ne faisaient pas seulement  chambre à part; ils occupaient deux appartements distincts  mais contigus.

Malgré leurs problèmes matrimoniaux,  ils s’aperçoivent rapidement que le secteur où ils habitent ( Notre-Dame et Pie IX ) ne se développe pas rapidement. Une seule manufacture, celle des sucres St Laurent  (LANTIC) s’était  établie dans ce secteur en 1887  et aucune autre ne semblait vouloir s'installer à nouveau près du fleuve.

Par contre, en 1896,  la compagnie « Watson Foster Co »   érigea sa nouvelle manufacture de papier peint à l’angle des rues Ontario & Pie IX. Elle  fut rejointe rapidement  par les compagnies de chaussure «Dufresne & Locke» & «Kingsbury Footwear». Ce secteur  va devenir quelques années plus tard  le nouveau centre de la ville de  Maisonneuve.

Napoléon Massy et Philomène Dompierre décident d’un commun accord, en 1897, d’acquérir un  terrain situé dans cette  zone encore inhabitée,   à l’angle des rues Ontario & de LaSalle. Deux années plus tard, ils récidivent et achètent deux autres terrains, sur la rue Ontario, à coté de la manufacture de chaussure «Dufresne & Locke». En 1901 et  1902, ils font l’acquisition des deux derniers terrains encore disponibles. Au total, ils vont construire entre les années 1900 et 1903  cinq maisons sur la  rue Ontario,  entre les rues de LaSalle et Desjardins.

C’est  en 1901 que Napoléon Massy demande l’autorisation à la ville de construire un petit établissement hôtelier sur ce terrain. Comme je l’ai dit précédemment,  il avait déjà  construit une maison sur cette rue, trois terrains plus à l’ouest.

En 1914, à l’aube de la grande guerre, l’hôtelier,  Clément Duquoy,  loue ce petit hôtel de Dame Philomène Dompierre  et l’exploite pendant des années. Il n’était pas à ses premières armes dans ce domaine puisque déjà, en 1899, il opéra un restaurant à l’angle  nord/est des rues Ste Catherine & Desjardins. Il se fit construire par la suite,  un hôtel en 1905, à l’angle  nord/ouest des rues Ste Catherine & de LaSalle.

En 1927, c’est le tavernier Louis Larue qui acquiert cet hôtel ainsi que les deux maisons voisines. Il connaissait bien ces maisons puisqu’il avait déjà  habité dans l’une d’entre elles. On pourrait dire de lui qu’il  était un   commerçant  prospère. Il avait acquis en 1917 la somptueuse maison  de Oscar Dufresne située sur le boulevard Pie IX et, en 1922, il emménagea dans le magnifique château de Vitalien Brien, situé à l’angle sud/est des rues Adam & St Clément ( voir catalogue, rue Adam maison Vitalien Brien ).

Bien sûr cette maison n’a  malheureusement plus  son charme d’antan, bien au contraire. Le bow- window (a), situé  dans  l’angle  tronqué, nous apparaît aujourd’hui aussi élégant qu’une verrue sur le bout d’un nez. Le rez-de-chaussée a perdu toute dignité et la corniche fut tout simplement détruite. Je vais donc, pour la décrire,  me référer  à un  dessin datant du début du XXe siècle.

Hôtel Dompierre angle Ontario & de LaSalle vers 1908
Hôtel Dompierre angle Ontario & de LaSalle vers 1908

Nous voyons que la pierre calcaire fut utilisée pour lambrisser entièrement les deux murs apparents. Le rez-de-chaussée donnant sur la rue Ontario était, jadis,  totalement ouvert sur la rue par le percement de larges vitrines séparées  par des pilastres  (b) de bois  qui soutenaient  une jolie corniche (c).  Du côté de la rue de LaSalle se trouvait une porte  qui servait  pour la livraison  des  marchandises des divers fournisseurs de l’hôtel.

L’élément essentiel du décor du bâtiment était sans nul doute le « bow-window  » de l’étage. Situé en porte-à-faux, tout juste  au-dessus de l’entrée principale, il protégeait les clients qui entraient et sortaient  lors des intempéries.  Cet élément hors du commun servait également de point de repère pour les badauds qui  déambulaient sur la rue.  C’était en quelque sorte une enseigne  qui  différenciait  cet établissement  hôtelier des autres concurrents.
Nous voyons encore de nos jours que sa forme n’est pas  tout à fait carrée mais trapézoïdale, épousant plus ou moins la forme de l’angle de la bâtisse. Il était, autrefois,  telle une pièce d’ébénisterie fabriquée entièrement de bois  œuvré. Nous y retrouvions à sa base des caissons à motif de croisillon romain. D’élégants  pilastres  séparaient  les neuf  fenêtres archées. Ces fenêtres  en lancette étaient garnies dans leur imposte (d) de différents  verres colorés ce  qui produisait à l’intérieur,  lors des jours ensoleillés, une vague ambiance de chapelle.  Seule la petite corniche à modillon (e) témoigne, encore de nos jours, de l’élégance qu’avait ce petit édicule. Au-dessus du « Bow-window » nous pouvions voir une belle rampe en bois  dont les barreaux étaient rejoints au sommet  par une série  d’arcatures. Tout au sommet, une large corniche également fabriquée de bois couronnait l’hôtel.

Nul besoin de vous dire qu’il est dommage que la négligence et le mauvais entretien décennie après décennie,   nous donne le résultat que nous voyons aujourd’hui.

a- Bow-window : fenêtre en saillie de forme trapézoïdale  et  en porte-à-faux  .

b-Pilastre : pilier aux pans carrés rappelant la colonne. (très utilisé à Montréal)

c- Corniche : partie saillante qui couronne un édifice; par extension ornement en saillie d’un meuble d’un plafond.

d- Imposte : pierre en saillie moulurée couronnant le piédroit d’une arcade et supportant la retombée de l’arc.
Partie supérieure d’une fenêtre ou d’une porte (fenêtre mobile ou fixe au dessus de la porte).

e- Modillon : ornement en forme de console renversée placé sous la saillie d’une corniche; ornement saillant répété de proche en proche sous la corniche, comme s’il la soutenait.