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Napoléons Massy 4223-4235
Napoléons Massy 4223-4235
 

Maison Napoléon Massy  1903
4223-4235 rue Ontario
Entrepreneur en construction : Napoléon Massy

La chaîne des titres :

29 décembre 1886
Notaire : O. Marin
Vendeur : Charles Henri Letourneux, commerçant de Montréal
Acquéreur : Hornnidas Desmarais, cultivateur du village de  Verchères
Donation de plusieurs lots de terre en culture

Notaire : O. Marin
Vendeur : Hornnidas Desmarais, cultivateur du village de  Verchères
Acquéreur : J. Tancrède Archambeault, prêtre
Donation d’un lot de terre en culture sans bâtiment

03mai 1900
Protonotaire : Grégoire Fortin
Testament de J. Tancrède Archambeault, prêtre, ancien curé de la paroisse de  Ste Monique à Terrebonne
«Lègue à diverses paroisses toujours la somme de 50,00$ et un terrain situé dans la ville de Maisonneuve sur la rue Ontario à   Monseigneur Paul Bruchési, archevêque de Montréal »

13 août 1901
Notaire : Al. Décary
Vendeur : Monseigneur Paul Bruchési, archevêque de Montréal
Acquéreur : Dame  Philomène Dompierre épouse de Napoléon Massy, entrepreneur  tous deux résidant au 63 rue Ontario  à Maisonneuve
Achat d’un lot de terre sans bâtiment

23 août 1902
Notaire : Marie Gustave Écrement
Vendeur : Hornnidas Desmarais, cultivateur du village de  Verchères
Acquéreur : Dame Philomène Dompierre, épouse de Napoléon Massy, entrepreneur en construction, tous deux résidant au 63 rue Ontario  à Maisonneuve
Achat du  lot  voisin  sans bâtiment
« Ne sachant pas écrire monsieur Desmarais fait la marque d’un  X »
Prix de la vente : 500,00$

06 juin 1907
Notaire : Joseph Arthur Couture
Propriétaire : Napoléon Massy, entrepreneur, résidant au 563 rue Ontario est
Locateur : Alphonse Riopelle, médecin, résidant au 549 rue Ontario 
Bail du second étage de la maison  d’une durée de trois ans commençant le 01 mai 1907

13 juin 1927
Notaire : René Rivest
Vendeur : succession de feu Dame Philomène Massy née Dompierre,
      Dame Aglaée Dompierre, épouse de Victor Cartier, constable, tous deux 
                 résidant à Montréal
 Wilfrid Dompierre, assistant surintendant, résidant à Montréal
      Joseph Dompierre, bourgeois, résidant à Chicopée, Massachusetts
      Dame Columbia Dompierre, épouse de Armand Larue, tous deux résidant à
                 St-Albans, Vermont
      Henry Lépine, bourgeois, résidant à Flint  Michigan
      Léon Lépine, bourgeois, résidant à Flint Michigan
      Dame Marie Lépine, épouse de Philip R. Jean, voyageur de commerce, tous
                 deux résidant à Flint Michigan
      Dame Véronica Lépine, épouse de Bernard P. Donely, bourgeois, tous deux
                 résidant à Flint Michigan
      Joseph Lépine, entrepreneur, résidant à San Francisco Californie
      Dame Jean Dompierre, épouse de Marvin R. Baily, mécanicien, tous deux
                 résidant à Bay City Michigan
      René Garron, journalier, résidant à Montréal
      DAME Élisabeth Garron, épouse Arthur Roy, cigarier,  tous deux résidant à
                 Manchester New Hampshire
Acquéreur : Louis Larue, tavernier résidant au  3444 rue Adam angle sud/est  rue St-Clément
Achat de trois maisons  2683-2685, 2687- 2689, 2691 rue Ontario & 2006-2012 de LaSalle
Prix de la vente : 41 600,00$


Ces deux maisons  ne sont pas les premières à être construites sur cette rue  par Napoléon Massy. Déjà en 1900, il avait bâti  les deux maisons situées à gauche de celles-ci et l’année suivante, il créa  le petit hôtel situé à l’angle nord/ouest des rues Ontario et de LaSalle (voir catalogue rue Ontario, hôtel Dompierre).

Nous voyons sur la chaîne des titres  qu’en  1900,  Mgr Paul Bruchési,  Archevêque de Montréal,  reçoit en héritage ce terrain de l’un des prêtres de son diocèse. À  cette époque, cela était chose courante; d’ailleurs Monseigneur Bruchési reçut en héritage, pendant son épiscopat, beaucoup  d’argent, de nombreuses terres et des biens immobiliers  de la part de prêtres mais  surtout  de veuves. Nous sommes au courant de ces donations   grâce à certains  procès fort retentissants pour l’époque que bien sûr, l’Église a tenté d’étouffer tant bien que mal.
«Mgr Paul Bruchési, (1897-1939) fut le quatrième évêque et deuxième archevêque de Montréal. Il était reconnu pour son intelligence vive, son ouverture d’esprit, son éloquence et son amour de l’Église. C’est sous son épiscopat que l’Oratoire Saint-Joseph (1904) fut  fondé, et que se déroula à Montréal le 20e Congrès eucharistique international (1910) qui s’est avéré un succès remarquable. C’est encore sous son leadership que fut obtenu le statut d’autonomie pour l’Université de Montréal (1919). En tout et partout Mgr Bruchési a érigé 63 paroisses et publié plusieurs mandements et lettres pastorales, notamment sur la justice, la question ouvrière, la paix et le mariage ».   (1) source diocèse de Montréal.
En 1927, c’est le tavernier Louis Larue qui acquiert ces deux maisons ainsi que l’hôtel  Dompierre. Il connaissait bien ces résidences puisqu’il avait déjà  habité dans l’une d’elles. On pourrait dire de lui qu’il  était un   commerçant  prospère. Il avait acquis en 1917 la somptueuse maison  d’Oscar Dufresne située sur le boulevard Pie IX et en 1922 il emménagea dans le magnifique château de Vitalien E. Brien situé à l’angle sud/est des rues Adam et St-Clément (voir catalogue, rue Adam maison Vitalien E. Brien). 

Nul besoin de vous dire que ces deux maisons ont passablement changé  et que leurs transformations ne sont pas des plus  réussies; c’est pourquoi je ne vais pas m’attarder à les décrire dans leur apparence actuelle mais bien dans celle d’antan.  Heureusement  pour nous quelques photographies  subsistent.

Le commerce de Mr. A.Vanier et de la Toronto Dominion BankLe commerce de Mr. A.Vanier et de la Toronto Dominion Bank
Photographe: Harry Richards 1910
Archive: A.H.H.M.

Il est très rare qu’un entrepreneur construise en même temps deux maisons contiguës fort différentes l’une de l’autre. Il aurait été  plus facile  et surtout  plus économique pour lui de construire deux maisons semblables. Malheureusement, même  à ce jour, je n’ai toujours pas réussi à en connaître la raison. Peut-être qu’il connaissait  les locataires avant même la construction et qu’il se plia à quelques exigences de leur part.  Il faut savoir  que le modèle de  la maison de droite avait déjà été utilisé en 1900 pour les deux autres maisons voisines de celles-ci, elles aussi, construites par Napoléon Massy.
Nous voyons que la maison de gauche est érigée tout près du trottoir afin de maximiser l’espace intérieur du commerce. Les doubles  portes qui conduisent au commerce étaient, comme à l’habitude, situées bien  au centre  et encadrées de part et d’autre par de larges vitrines. La porte conduisant au logement de l’étage était plus discrète et située à l’extrême droite.
Nous remarquons qu’à l’étage, une très  belle loggia (a) fut aménagée dans la paroi de la façade. Son arche en plein cintre était garnie d’une fine dentelle de bois qui malheureusement ne se voit que très rarement de nos jours  sur l’île de Montréal. Il faut avouer que cela devait être très élégant de se pencher, à l’époque, du haut de cette loggia  pour admirer l’animation de la rue Ontario.
La maison de droite était, elle, construite un peu en retrait du trottoir. Cela permettait au commerçant d’utiliser cet espace pour étaler  sa marchandise et ses nouveautés à la vue des passants. Tout comme sa voisine, la  large porte du  commerce était, elle aussi, située bien en vue au centre de l’édifice. Ce local servit de succursale bancaire pour la  « Toronto Dominion Bank  »de 1905 à 1911.  À cette date la banque emménagea dans les nouveaux locaux  qu’elle avait fait construire tout juste en face  de l’autre côté de la rue. Il est intéressant de savoir qu’au début de XXe siècle  la Toronto Dominion Bank, la Banque d’Hochelaga et la Molson Bank,  étaient toutes situées du même côté  entre les rues Desjardins et Letourneux  et ce, à une dizaine de pas l’une de l’autre.

Au niveau de l’étage, une large  galerie s’étalait de toute sa longueur. Le  travail du bois rappelait  sensiblement le style de l’époque Victorienne.  La grande différence entre cette maison et celles construites en 1900 se situe au niveau de la corniche. En effet celle-ci n’est pas surmontée d’une crénelure (b) de métal comme  les deux autres. Était-ce, cette fois encore, pour plaire aux  locataires ?

La rue Ontario avec à gauche les cinq maisons construites par Napoléon MassyLa rue Ontario avec à gauche les cinq maisons construites par Napoléon Massy 
Photographe: Harry Richards 1910
Archive: A.H.H.M.

Je m’abstiendrai de faire des commentaires sur  l’aspect actuel de ces deux maisons mais j’aimerais cependant souligner combien il est déplorable qu’elles aient subi de pareils outrages au fil des ans. 

a-Loggia : enfoncement formant un balcon couvert.
b- Créneau : ouverture pratiquée au sommet d’un rempart d’une tour, d’une corniche, et servant de    défense   (au réel ou au figuré).