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Héloïse Lapointe 591-605
Héloïse Lapointe 591-605
 

Maison : Héloïse Lapointe 1898
591-605 rue Desjardins
Entrepreneur en construction : Hubert Provost

La chaîne des  titres :

18 mai 1890
Notaire : Eusète Laliberté
Vendeur : Alphonse Desjardins, avocat
Acquéreurs :Pia Desjardins, épouse de L.J. Morin, avocat
                     Zaïde Desjardins, épouse de Louis Édouard Desjardins, médecin
                     Marie Louise Alphonsine Desjardins
                     Alphonse Desjardins, avocat
                     Joseph Jacques Desjardins, jésuite, Tuteur des enfants mineurs de Alphonse Desjardins et de feu Virginie  Paré sa première épouse
Achat de plus d’une centaine de lots de terre sans maison et en culture
Prix de la vente : 26 250,00$

15 juin 1891
Notaire : Eusète Laliberté
Vendeurs :   Pia Desjardins, épouse de L.J. Morin, avocat
                     Zaïde Desjardins, épouse de Louis Édouard Desjardins, médecin
                     Marie Louise Alphonsine Desjardins
                     Alphonse Desjardins, avocat
                     Joseph Jacques Desjardins, jésuite, Tuteur des enfants mineurs de Alphonse Desjardins et de feue Virginie  Paré sa première épouse
Acquéreur : Héloïse Lapointe, épouse de Hubert Provost, entrepreneur en construction, résidant  tous les deux à Maisonneuve.
Achat de quatre lots de terre sans maison
( Il est stipulé qu’il ne pourra être érigé sur ces terrains aucune tannerie, manufacture de chandelle et aucune maison pour emmagasiner de l’huile, du bois de chauffage, ni charbon.)
Prix de la vente : 1 125,00$

12 avril 1898
Notaire : Eusète Laliberté
Emprunteuse : Dame Héloïse Lapointe, épouse de Hubert Provost
Prêteurs :  Jacques Cartier, cultivateur du village de St Antoine sur Richelieu
                   Hugues Eucariste Desrosiers, médecin de Montréal
                   Joseph Desrosiers, avocat et député de Préfontaine à Montréal
                   Joseph Érasme Lusignan, commis de Montréal
(Tous quatre chargés de la succession de feu : Sir Georges Étienne Cartier en son vivant Baronet, avocat et député  à la Chambre des Communes.)
La somme de : 5 000,00$
Donne en garantie : une maison de brique de deux étages contenant six logements et une maison de bois lambrissée de brique érigée à l’arrière.

10 mai 1898
Notaire : Narcisse Pérodeau de Salaberry
Emprunteuse : Dame Héloïse Lapointe, épouse de Hubert Provost
Prêteur : Joseph Desrosiers, avocat et député de Préfontaine à la Chambre des Communes
La somme de : 3 500,00$
Donne en garantie : une maison de brique de deux étages contenant six logements, une maison de bois lambrissée de brique érigée à l’arrière et deux lots de terre avec maisons situées sur la même rue plus au sud .

13 avril  1920
Notaire : Narcisse Pérodeau de Salaberry
Vendeur : Dame Héloïse Lapointe, veuve en première noce de feu Philias Roy, en son vivant notaire de Pointe Claire.  Veuve en deuxième noce de Hubert Provost, en son vivant entrepreneur en construction de Maisonneuve . Veuve en troisième noce de feu de Orélie Caplant en son vivant bourgeois de la paroisse de St Mathieu.
Acquéreur : Olier Boileau, laitier, résidant au 27 rue Desjardins
Prix de la vente : 1 650,00$


Héloïse Lapointe était une femme très  surprenante pour son époque puisque c’était elle-même qui gérait ses biens et non son époux.. Avant de faire construire cette maison,  elle avait acquis, en 1891 de la famille Desjardins,   trois maisons contiguës,  situées plus au sud sur cette même rue. Avec son époux Hubert Provost, elle fera l’acquisition, en bloc, de nombreux autres  terrains dans le même secteur de la ville. À eux deux ils possédaient presque la totalité des terres situées sur cette rue, entre les rues Notre Dame et Adam. Ils étaient aussi propriétaires de terrains  situés sur la rue Pie IX et Ste Catherine. C’était sûrement une femme très résistante puisque nous pouvons voir, dans l’acte daté de 1920, qu’elle fut  veuve à trois reprises. Malheureusement  l’histoire ne dit pas si elle convoita un quatrième époux…

L’entrepreneur en construction Hubert Provost était beaucoup plus actif dans le secteur de Pointe aux Trembles qu’il ne l’était dans Maisonneuve. Il avait, entre autres, construit quelques écoles dont le couvent de la Trinité situé au 12090 rue Notre Dame.  Nous connaissons avec certitude l’année où on termina les travaux, puisque son épouse s’oblige, à deux reprises, à  des emprunts hypothécaires sur la même maison en 1898.

 Leur ami, le notaire Narcisse Pérodeau,  profita de l’occasion pour se faire  construire lui aussi  une maison tout près de celle-ci à l’angle Ste- Catherine et Desjardins. Ces deux maisons portent la même signature ; la similitude entre les deux maisons est saisissante. Nous y retrouvons l’utilisation des mêmes matériaux (briques, pierres,  portes, fenêtres, quincailleries). Ceci  était tout à fait logique puisque la construction  de deux maisons semblables, l’une tout prêt de l’autre, entraînait des coûts  bien moins élevés.

La maison qui nous occupe ici fut construite directement près du trottoir afin de maximiser l’occupation du  terrain. Il faut savoir, qu’à l’origine, il y avait  également une maison à l’arrière, plus modeste et sans artifice. Elle fut rapidement détruite puisqu’en 1920, on n’en fait plus mention.

Cependant, fait étonnant pour l’époque, pour ce genre de construction destiné à faciliter les allées et venues des résidents, le rez-de-chaussée de cette maison se trouve à près d’un mètre au-dessus du niveau du trottoir. Sa structure n’est pas faite de bois comme la majorité des maisons mais de trois rangées de briques. Les matériaux employés  étaient  de très bonne qualité et de très bon goût. Admirez tout particulièrement les portes qui provenaient de la fabrique de portes et fenêtres Corbeil, entreprise située à l’angle nord/est des rues Notre Dame & Desjardins. Il n’y avait donc que  quelques pas à faire pour venir les installer. À première vue, nous pourrions penser que ces portes ont toutes été parfaitement conservées puisque leur charme  victorien est encore apparent ! Ce n’est pas le cas. Voici  une photographie nous montrant une porte telle que nous pouvions la voir à la fin du XIXe siècle.

Porte de la maison du notaire Pérodeau située au 4210 rue Ste-Catherine.
Porte de la maison du notaire Pérodeau
située au 4210 rue Ste-Catherine.

Admirez l’élégance de ses composantes, tout y est : la vitre simple ne couvrant que le 1/3  de la superficie de la porte, la corniche qui la coiffe, l’allège qui la soutient et les deux balustres (a) qui l’entourent. Même le chambranle des portes n’est pas laissé sans artifice. Nous y retrouvons entre autres un motif de chapelet et un autre en besant (b).  Les trumeaux (c) qui les séparent, reprennent avec assez d’élégance les mêmes balustres que nous retrouvions jadis sur les portes.

Les trois balcons étaient soutenus par des consoles (d)  en bois  œuvré. Leurs empreintes sont encore visibles sous le lambris de bois de chaque côté des entrées. Les rampes étaient, elles aussi, en bois et nous retrouvons encore aujourd’hui les fantômes  laissés sur la brique pour en témoigner.

Il est très malheureux que sa splendide corniche ait disparu au profit de cette petite toiture recouverte de tuiles d’asphalte.  Voici un dessin réalisé d’après une photographie ancienne de la rue Ste Catherine  où nous pouvions voir  la maison du Notaire Pérodeau  avec sa magnifique corniche de métal  semblable à celle qui nous intéresse.

Dessin de la corniche qui coiffait jadis la maison.
Dessin de la corniche qui coiffait jadis la maison.

Remarquez combien cette corniche dynamisait  la façade. En  plus de lui donner plus de  hauteur, elle lui procurait  plus de panache et la différenciait facilement de ses voisines. C’était, à l’époque, une grande nouveauté, car la très grande majorité des maisons étaient coiffée d’une corniche en bois. L’entrepreneur connaissait très bien la nouvelle tendance puisqu’il travaillait  sur des bâtiments institutionnels.

C’est seulement  vers 1908 que la corniche de tôle  se généralise dans la construction résidentielle  à Montréal.  Alors, on peut dire sans réserve que cette maison possédait un élément décoratif tout à fait exceptionnel pour son temps et qu ‘elle ne devait pas laisser indifférents les résidents  de Maisonneuve.

Nul besoin de vous rappeler que toutes les composantes architecturales, se trouvant sur une façade, sont essentielles. De changer maladroitement l’une de ces  composantes ou de  supprimer un des éléments  peut entraîner un désordre  qui malheureusement, enlève toute valeur patrimoniale à la maison.

a- Balustre : colonnette ou court pilier renflé ou mouluré généralement employé avec d’autres et assemblé avec eux par une tablette pour former  un motif décoratif.

b- Besant : disque saillant sculpté sur un bandeau, un archivolte.

c- Trumeau : pan de mur entre deux  fenêtres, ou portes.

d- Console : organe en saillie sur un mur destiné à porter une charge(réelle ou figurée).